

Le Samedi 29 Mars 2008 a lieu la finale de la coupe de la ligue de football opposant le Paris Saint-Germain au Racing Club de Lens. Au cours du match, une banderole adressée aux supporters adverses est déployée par des supporters parisiens : "Pédophiles, chômeurs, consanguins: bienvenue chez les Ch'tis".
Alors que diverses affaires d'injures racistes agitent le football et les médias depuis le début de la saison (le FC Metz et le SC Bastia ont ainsi été condamnés sportivement), et que le film Bienvenue chez les Ch'tis de Dany Boon (qui "réhabilite" les gens du nord, accueillants et souriants malgré tous leurs problèmes), la banderole semble provoquer un véritable choc général : le pouvoir politique et sportif, les différents responsables, de nombreuses personnalités politiques se déclarent choqués par la "haine" et le "racisme" inhérents à l'affaire et appellent à des sanctions, le tout étant très largement relayé par des médias condamnateurs.
Le président de la république, présent dans le stade au moment des faits, ordonne le retrait immédiat de l'objet du crime, la ministre de l'intérieur demande que toutes les moyens soient employés pour retrouver les coupables (voir la note du 1er Avril de Martin Vidberg sur l'Actu en patates et son ironie sur l'emploi de moyens tels que les relevés ADN).

Sur cette affaire, une question se pose très vite aux blogueurs : quelles sanctions adopter, et contre qui ? Bernard Delattre, correspondant à Paris du journal belge "La Libre" s'interroge sur son blog Paris Libre : en plus des possibles sanctions sportives et financières contre le club (retrait de points au classement de Ligue 1 et/ou amendes) et des poursuites contre "les idiots ayant conçu, réalisé et déployé la fameuse banderole", quelles sont les autres mesures de rétorsion susceptibles d'être appliquées ? Il en répertorie deux en cours d'étude : "D’une part, le ministère de l’Intérieur envisage la dissolution administrative des «Boulogne Boys»: l’association de supporteurs la plus radicale, la plus ancienne et la plus importante (elle compte plusieurs centaines de membres) du PSG (...) D’autre part, le Conseil de Paris est à nouveau saisi d’une demande de suspension de la subvention (de plus de 3,5 millions euros) versée chaque année par la ville au club de foot." Cette dernière solution semble cependant douteuse, car selon le maire de Paris, "La convention porte «sur la mise à disposition des jeunes Parisiens de places de foot et le financement de mesures de sécurité et de prévention». En clair, l’arrêt du subventionnement public du PSG ferait plus de victimes collatérales innocentes que de tort aux hooligans."
Jules de Diner's Room conteste quant à lui la pertinence de désigner comme raciste l'acte en question (terme proféré à l'envi dans les médias et les diverses réactions, on entendra même parler à l'occasion de "racisme régional"). Il passe ensuite en revue les différentes lois susceptibles de s'appliquer à l'évènement et de quelle manière ses auteurs pourraient être punis, ne concluant pas définitivement mais supposant que les règles du droit du sport s'appliqueront (1 an d'emprisonnement et 15000€ d'amende).

Alors même que la condamnation semble unanime, quelques voix divergentes se font entendre. Ainsi sur Radical Chic, Guillermo est dubitatif : "C'est incroyable mais pour une fois je vais être d'accord avec les footeux : cette bannière qui fait scandale n'en mérite pas tant. Elle n'a rien à voir avec les insultes racistes et autres régimes de bananes, autrement plus systématiques, et surtout elle ne doit pas être considérée comme "raciste", les cht'is n'étant pas une ethnie à part, aussi "consanguine" ou abonnée aux assedics soit-elle." De l'humour "de beauf" réalisé par des "imbéciles", il ne pense pas que cette banderole doive être considéré comme autre chose qu'un jeu un peu idiot et qu'elle ne devrait pas être prise autant au sérieux.
Sur Versac, on va même plus loin. En prenant appui sur un texte paru dans Libération, l'auteur s'interroge : et la liberté d'expression ? "Il est d'ailleurs étonnant (pas vraiment, en fait) de voir toute une partie des ardents défenseurs de la liberté d'expression, lors de l'affaire des caricatures de Mahomet, s'offusquer à présent.". Il défend le droit à l'humour, "même mauvais et de mauvaise foi", et se demande pourquoi on défend la liberté de Robert Redeker ou des illustrateurs des caricatures de Mahomet mais pas celle des auteurs de la banderole : "le registre est le même, quand bien même les auteurs n'auraient pas le même talent (et encore, cela se discute)."
Les commentaires de ces deux notes donnent d'ailleurs lieu à de véritables débats intéressant sur la légitimité ou la gravité de la banderole.

Au final, une première décision vient sanctionner les auteurs (ou leur groupe) avec la dissolution des fameux Boulogne Boys : Jules de Diner's Room s'interroge sur la mise en oeuvre de la mesure, et loin de s'attrister, il regrette que les moyens d'action à leur encontre soient limités, tout en rappelant que "c'est en défendant les droits et libertés des méchants que l'on assure celle des bons."
Enfin on pourra se reporter aux deux récits publiés sur le Bondy Blog, de deux jeunes rédacteurs ayant assisté à la finale. Et on pourra ainsi se rappeler qu'au-delà de la fameuse banderole (vécue comme choquante : "La fête est vraiment gâchée."), d'autres évènements ont eu lieu ce soir-là, entre autres de graves phénomènes de violence (véritablement raciste pour le coup) dans le RER avant le match. Mais ceux-ci, trop banalement violents et n'étant pas passé à la télévision, n'auront pas eu droit aux mêmes débats, poursuites et déchaînement médiatique que la fameuse banderole régionalement raciste...
Par Pierre,
Le 20 Mai 2008

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