Dans le Nouvel Observateur, Nicolas Sarkozy juge sa fonction "inhumaine" 02/07
par Jean-Michel Aphatie le 02/07/2009 à 9h08
Nicolas Sarkozy dans le Nouvel Observateur. Thème général: « J?ai changé ». Vieille baderne de la politique et du journalisme politique. Le chef change, il mute sous l?épreuve. Le nombre de fois où on nous a fait le coup avec Jacques Chirac... Impossible à dénombrer tellement il a « changé », Jacques Chirac. Et Nicolas Sarkozy n?est pas le dernier à tirer sur la ficelle. Au lancement de sa campagne présidentielle, il avait eu cette phrase: « J?ai changé ». Eh bien, il vient de rechanger, c?est le Nouvel Obs? qui nous l?apprends.
La soirée du Fouquet?s? « J?ai eu tort ». Le bling-bling? C?est fini. Commentaires en boucle. Analyse. Décryptage. L?important, le plus important est pourtant ailleurs, dans cette phrase étrange et glaçante, énigmatique, peu rassurante. « Il faut un temps, explique le chef de l?Etat, pour entrer dans une fonction comme celle que j?occupe, pour comprendre comment cela marche, pour se hisser à la hauteur d?une charge qui est, croyez-moi, proprement inhumaine. »

Je ne saurai personnellement citer un autre chef de l?Etat qui qualifie ainsi sa fonction d? « inhumaine ». A quoi exactement pense Nicolas Sarkozy quand il prononce cette phrase devant les responsables du Nouvel Observateur? Nous ne le savons pas. Mais son « croyez moi » inclut dans la phrase signale bien que des émotions particulières, des faits précis, peut-être des souvenirs douloureux, légitiment dans son esprit l?emploi de cet étonnant adjectif.
Faute de mode d?emploi, demeure le décryptage, l?analyse, la pensée extérieure appliquée à une réalité inconnue. Autant dire la marche à tâtons dans un tunnel sombre. Risquons-nous tout de même, par intérêt intellectuel, et aussi par souci de comprendre le mécanisme de pensée de celui qui s?est hissé au faite de l?édifice démocratique.
Qualifier ainsi son travail, « inhumain », signale d?abord la difficulté éprouvée, la douleur ressentie. première alerte. Nicolas Sarkozy cherche-t-il par là à dire qu?il ne se sent pas toujours à la hauteur de sa fonction? Qu?il éprouve parfois ce sentiment vertigineux, dont il ne peut évidemment s?ouvrir à personne, et dont il laisse seulement entrevoir la possibilité, d?être dépassé par les événements, vieille formule du langage populaire qui trouverait là une application littérale?
« Inhumain ». Si le mot vient à l?esprit, c?est que cet esprit là n?est ni serein, ni apaisé, ni épanoui. On ne peut pas aimer une fonction que l?on dépeint ainsi. On peut pas y trouver, au moment du bilan, ou bien quand on passe en revue la totalité de l?activité, du plaisir et du bonheur. Pour la première fois peut-être, un président de la République en exercice en France dit publiquement, au détour d?une phrase noyée dans une interview noyante, qu?il n?est pas heureux. On en connaît qui s?ennuient dans leur travail. On en connaît d?autres qui ne l?aiment pas. Faut-il ranger Nicolas Sarkozy dans cette dernière catégorie?
L?aveu est assurément important. Nous aurions tort de le négliger. Il inquiète pour le présent. L?homme a-t-il au fond de lui, dans la sincérité de sa réflexion, la ressource mentale et psychologique suffisante pour assumer la « charge » qui est la sienne? L?aveu, toujours, interroge pour le futur. Un homme qui décrit ainsi sa fonction peut-il solliciter le renouvellement de son mandat? Est-ce souhaitable pour lui? Est-ce souhaitable pour nous?
Un milliard d'euros par jour 01/07
par Jean-Michel Aphatie le 01/07/2009 à 11h32
Prenez la Une du journal économique La Tribune, ce matin, banale, répétitive, sans intérêt: « La dette de la France enfle de 1 milliard chaque jour ». Oui, et alors? Qu?est-ce qu?on s?en fout. Qu?elle augmente la dette, si ça lui plaît, et un milliard, c?est en euros, en franc, en rouble scandinave, en drachme iranien, en stoumi austro-hongrois? Ils ne le disent même pas dans le titre de La Tribune. Un milliard par jour, ça fait 365 milliards par an, c?est fastoche à se rappeler, c?est super un gouvernement qui organise tout ça au millimètre. Question du bac éco l?année prochaine: de combien augmente la dette de la France chaque année? Le lycéen, décontracté, répondra: 365 milliards monsieur, facile vu que c?est un milliard par jour. Remarquez, il y a un hic. L?année prochaine, ce sera plus. Au rythme où fonce Nicolas Sarkozy, ce sera peut-être deux milliards par jour, et si on l?énerve, ce sera trois.
Transition facile, parlons donc de l?emprunt que l?Etat va lancer l?année prochaine. On lit ici ou là, sous des plumes de connaisseurs, que c?est une idée formidable, cet emprunt de l?Etat. Beaucoup prédisent même son succès. Evidemment, ce sera un succès. Imaginez donc, le gouvernement français, fauché, confronté à une hausse du chômage sans précédent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, avec des finances publiques comme des passoires, un milliard de gonflement de dette quotidien, ce gouvernement là va dire aux Français: donnez-nous vos économies, faites-nous confiance, on vous remboursera, principal et intérêts, promis juré, vu qu?on ne peut pas faire faillite. Mais tout le monde va se précipiter, bien sûr, bien sûr. Par patriotisme. Pour aider son pays. Et puis, franchement, où est le risque? Un peu plus, un peu moins, un milliard de dette quotidienne ou un peu plus, franchement, on ne va pas en faire un plat quand même...
Je sais, certains se moquent: je serai un obsédé de la dette. A l?inverse, pour être franc, j?admire la décontraction d?esprit du monde journalistique, voire de celui des économistes patentés,. Le gouvernement annonce des déficits colossaux, historiques, là dessus, le président assure, discours de Versailles, page 7, pas de rigueur dans la gestion de l?Etat, c?est à dire pas de coupes claires dans les dépenses, et pas d?augmentation des impôts non plus, et tout ceci, qui est incohérent du premier au dernier degré, ne suscite rien, ni débat, ni moquerie, ni interrogation, ni doute. Les beaux esprits, qu?ils sont nombreux les beaux esprits, avalent tout sans broncher. Le gouvernement nous dit qu?il va faire un emprunt pour les « dépenses d?avenir »? Youpi tralala, vive les « dépenses d?avenir ». Ah qu?il est fort celui qui a trouvé la formule, « dépenses d?avenir », franchement, comment être contre les « dépenses d?avenir », et donc contre l?emprunt qui les finance? Et tout ceci, on vous le répète, se fera sans « rigueur », ni « impôts »? Bravo le gouvernement. Bravo la majorité. Bravo tout le monde. Qui c?est les plus forts? C?est nous, les Français, indépassables tellement on est fort, beaucoup plus que les Angliches, les Teutons, les Ritals, les Amerlicains, et le reste de la terre.
Du coup, puisque l?emprunt qui finance les « dépenses d?avenir » fait jaser , les députés de la majorité, qui eux aussi gobent tout tout cru, braves gars et braves filles les députés de la majorité, s?interrogaient hier sur le caractère de cet emprunt qui finance les « dépenses d?avenir ». Obligatoire ou pas, l?emprunt, pour les « plus riches »? C?est qui les « plus riches »? A partir de quand devient-on « plus riche »? 1500 euros par mois? 2000? Ce qui laisse rêveur, c?est que l?on réfléchisse au côté « obligatoire » de l?emprunt. XXI° siècle, en France, devise "liberté, égalité, fraternité", fais pas chier, aboule ton fric, camarade citoyen, l?Etat a besoin de toi, ton artiche, pour sauver le pays, réfléchis pas, donne.
Il paraît que le premier ministre, hier, en réunion du groupe UMP à l?Assemblée nationale, a coupé court à la tentative. Il a dit, parait-il, que l?emprunt ne serait pas « obligatoire »,. Il prend des risques le M. Fillon. Sait-il qu?un premier ministre, ça se remplace? C?est au moins aussi facile à trouver, un premier ministre que, disons, un milliard d?euros par jour.
Hénin-Beaumont, au centre de la France 30/06
par Jean-Michel Aphatie le 30/06/2009 à 9h46
Jusqu?à dimanche soir, des projecteurs seront braqués sur Hénin-Beaumont, Pas-de-Calais, 27.000 habitants. Là bas, le maire a tapé dans la caisse. Il est en prison. Élection municipale partielle dimanche dernier, le Front national en tête, Marine Le Pen et ses colistiers du Front national aux portes de la mairie. Pour le second tour de dimanche prochain, l?UMP et le parti socialiste se retrouvent ensembles contre le Front national. Qui gagnera dimanche? Les électeurs de droite obéiront-ils aux consignes? Ou bien se reporteront-ils malgré tout sur la liste de Marine Le Pen? Quant à la gauche locale, affaiblie par les scandales et minée par les divisions, nul ne sait si elle parviendra à réussir suffisamment d?électeurs dimanche prochain pour conserver une mairie qu?elle dirige depuis la Libération.
Ce « front républicain » constitué à Hénin-Beaumont mérite d?être analysé. La réactivité de l?UMP et de ses dirigeants, Nicolas Sarkozy et Xavier Bertrand ayant pris les choses dès hier matin, invalide à posteriori toutes les querelles, évidemment sottes, sur la faiblesse du sentiment républicain de cette partie de la droite. La plupart d?entre vous ont sans doute oublié qu?il y a à peine un an des pétitions circulaient, signées par les plus hauts responsables politiques nationaux, pour avertir le bon peuple, qui ne se rend pas compte de ces choses, que les tenants du pouvoir étaient en train de brader l?héritage historique des Lumières et de la Révolution française, donc de liquider purement et simplement une « certaine idée » de la France.
Peut-être certains d?entre vous, de bonne foi, ont-ils signé ce bout de papier. Peut-être alors pourront-ils nous dire ce qu?est devenu cette initiative uniquement animée, selon ses initiateurs, par les plus nobles sentiments que peut inspirer le bien commun. En tout cas, la preuve est faite par Hénin-Beaumont, la droite française, bonapartiste, orléaniste, bourbonienne, grand ducale, princière, chiraquiste, sarkozyienne, woodyalleniste, bigardiste, halydienne, michaeljacksonfiviste, et je ne citerai pas ici toutes les sensibilités répertoriées, la droite française donc est capable d?avoir des attitudes républicaines.
Après tout, on aurait pu imaginer que de basses considérations politiques guident les réflexions au lendemain du premier tour de scrutin à Hénin-Beaumont. Et pourquoi donc ne pas laisser la gauche locale calamiteuse se débrouiller? Pourquoi donc se mêler d?un scrutin quant son concurrent UMP a péniblement réuni 4% des suffrages? Pourquoi risquer l?incompréhension avec une partie de ses électeurs en appelant à voter à gauche? Parce que la République, madame, ou monsieur, cela dépend qui parle. Pas mal comme démonstration.
La victoire de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont est évidemment possible. Peut-être même est-elle probable. Que le Front national soit en situation de conquérir la municipalité d?une ville moyenne, particulièrement dans ses terres du Nord où la culture républicaine est forte, en dit long sur le sentiment d?échec qui accable les partis de gouvernement en France. Dans le même temps, une éventuelle victoire du Front national dimanche prochain n?aurait pas la même portée que les victoires municipales de 1995, Toulon, Vitrolles, Marignanne.
A l?époque, le Front National possédait une réelle puissance, une cohésion autour de son président, Jean-Marie Le Pen, et une identité politique avec un programme clairement défini. Aujourd?hui, ces caractéristiques ne sont plus présentes. L?unité du FN n?est qu?un lointain souvenir. La perspective de la succession fragilise son appareil. Quant à sa détermination idéologique, elle apparaît désormais bien incertaine.
Malgré tout, Hénin-Beaumont sera au centre de la France, dimanche. Pas sûr que ceci remplisse ses habitants de bonheur.
L'emprint et l'entourloupe 29/06
par Jean-Michel Aphatie le 29/06/2009 à 11h46
L?emprunt, l?emprunt, l?emprunt... Le mot est dans toutes les bouches. Personne n?en connaît les détails, de cet emprunt, le montant le taux, l?emploi, mais tout de monde en parle. Formidable, génial. Et surtout, quel artifice, quelle entourloupe, cet emprunt.
La France est fauchée, d?une certaine façon ruinée, par vingt années de politique continue qui a vu à la fois l?accroissement des déficits et la vente de ses biens publics, ces fameuses privatisations dont le fruit a été versé dans le puis sans fonds de nos déficits. L?emprunt dont on parle tant et tant n?est qu?une marche supplémentaire dans cette descente aux abîmes. L?Etat, qui collecte taxes, impôts, redevances et on en passe, ne peut plus financer les « dépenses d?avenir » en matière d?éducation, de recherche et du reste. La totalité de ce qu?il collecte aujourd?hui ne lui permet même pas d?honorer ses dépenses courantes et ordinaires. Il s?en faut de 150 milliards d?euros en 2009, chiffre du déficit attendu, et il s?en faudra encore de 150 milliards d?euros en 2010, déficit annoncé.
Du coup, comment financer ces « fameuses dépenses d?avenir »? Déjà, le terme est une trouvaille de communication. Elle rend presqu?extraordinaire ce qui est ordinaire dans les missions de l?Etat, anticiper, investir, préparer le futur. Pour cela, il n?y a qu?une solution, pas deux: faire de la dépense publique. mais il y a deux moyens de faire de la dépense publique supplémentaire. Soit on aggrave le déficit. Après tout, au point où nous en sommes, 150 milliards d?impasse budgétaire, une folie, on peut bien creuser encore, vingt, trente milliards. Au moins, c?est franc du collier, les choses sont dites.
Mais la politique est beaucoup plus subtile que cela, l?art du camouflage et du contournement y sont développés comme nulle part ailleurs. Puisqu?il faut dépenser encore et encore, que les caisses sont vides, la présentation des comptes catastrophiques, alors, faisons d?une pierre deux coups, quel talent. Un: lançons un emprunt, c?est patriotique un emprunt, cela sonnera comme un plébiscite, un référendum, et fournira l?argent qui fait si cruellement défaut. Deux: emprunter de manière solennelle et spécifique évite de dégrader les comptes de l?Etat. L?emprunt, tel qu?il est présenté, c?est de la dette et pas du déficit, saisissez-vous la nuance? Pour les comptes de la nation et le portefeuille du contribuable, c?est kif kif, il faudra toujours rembourser. Mais dans la présentation des comptes, ce sera moins pire.
Voilà donc ce qu?est réellement l?emprunt, une opération de communication d?abord, un subterfuge ensuite, un aveu enfin, celui d?une dégradation spectaculaire de la situation financière de l?Etat français. Ce dernier point, bien sûr, s?explique et se comprend. C?est, avec la montée du chômage, la traduction concrète de la crise, son effet le plus immédiat. Mais plutôt que d?expliquer cela aux citoyens, on camoufle, on planque et cynisme de la politique, on sort les cymbales pour annoncer l?emprunt, youpi!, quelle bringue on va faire grâce à vous, chers Français, donnez-nous votre argent qui dort, c?est pour le bien de la France.
L?histoire est à la fois agaçante et navrante. Comme avant, comme tout le temps, la politique française utilise des artifices médiocres pour éviter de dire la vérité. D?où, ensuite, la frustration et le dégoût et in fine, cette gloriole nationale qui est la révolte contre le pouvoir. Rappelons, parce qu?il faut toujours rappeler même si tout le monde s?en fout, que la France est le seul pays occidental à ne pas avoir renouvelé sa confiance au gouvernement depuis les chocs pétroliers des années soixante dix. dans aucune autre démocratie la méfiance n?a été aussi systématique durant les trente dernières années.
Et ce qui est navrant, c?est la passivité, voire la complicité, voire au fond le manque total de discernement et d?intelligence, avec lequel l?appareil de commentaires accueille tous ces trompe l?oeil de la politique. La politique peut dormir tranquille en France. Ce n?est pas le journalisme qui la menace.
Empruntez, empruntez! 26/06
par Jean-Michel Aphatie le 26/06/2009 à 10h46
Mickaël Jackson est mort. Le gouvernement japonais a présenté ses condoléances publiques pour ce décès. Moi aussi.
Une du journal économique La Tribune ce matin: « L?Unedic va faire un emprunt massif pour financer un déficit qui atteindra 4,6 milliards d?euros en 2010. » Voilà bien le mot du nouveau siècle, « emprunt ». Vous avez un problème financier? Une panne de quelques milliards d?euros? Pourtant, vous avez des idées, des projets, vous savez comment organiser l?avenir... Alors, ne vous gênez plus, faites comme tout le monde, comme l?Etat, comme les collectivité territoriales, comme les entreprises publiques, comme la sécurité sociale, comme l?Unedic: empruntez, empruntez, empruntez... Et laissez dire les pisse froid, pisse vinaigre et pisse ce que vous voulez. Tant qu?il y a de l?emprunt, il y a de l?espoir. Vous empruntez? Moi aussi.
Bernard Tapie est dans Le Parisien. Il est l?un des rares français ces jours çi qui n?emprunte pas. Normal, il a de l?argent, beaucoup d?argent, des millions, en euros, des millions, alors lui, il achète, cash. Il achète tout. Des actions du Club Med? et s?il le peut tout le Club Med. Il veut aussi acheter un club de foot, soit Nantes, dit-il, soit Nîmes, soit Cannes, soit Nice...
Les journalistes lui demande: et la politique? Réponse: « Ah ça, non, jamais! » Erreur, la politique, c?est comme les emprunts, il ne faut jamais dire jamais.
Bon week-end.
L'emballement de la dette 25/06
par Jean-Michel Aphatie le 25/06/2009 à 10h07
Ce sera la nouvelle de la semaine. Le président en a parlé lundi, devant le congrès , le premier ministre l?a confirmé hier. Un emprunt sera lancé, un grand emprunt, un emprunt national et patriotique, pour financer des priorités nationales, ainsi égrenées par le premier ministre, hier soir, sur France 2: « Il s?agit d?investir massivement dans des secteurs porteurs d?avenir (...) les biotechnologies, l?énergie du futur, les voitures électriques, un certain nombre de secteurs dans le domaine alimentaire ou la santé, l?éducation en général, l?enseignement supérieur et la recherche. »
Le montant de cet emprunt n?est pas dévoilé. Un chiffre circule cependant, qui doit être compris comme un ordre de grandeur, entre 80 et 100 milliards d?euros. Cet emprunt, selon toujours le premier ministre, serait pour partie proposé aux Français afin de les associer à ce qui pourrait être présenté comme un effort national pour à la fois sortir de la crise et préparer l?avenir. « Pas un euro de cet emprunt, a encore dit François Fillon, ne sera utilisé pour des dépenses non prioritaires. »
On peut à l?infini faire des reproches et des critiques. A l?évidence, ce projet en mérite. Laissons, ce matin, à d?autres le soin d?y procéder. Evoquons plutôt la situation dans laquelle nous sommes par des petits faits qui permettent de saisir le contexte dans lequel pourrait s?effectuer ce grand emprunt national.
Il y a d?abord l?aveu que l?Etat ne peut plus financer ce qui relève de sa responsabilité sans recourir à un endettement spécifique. La citation du premier ministre est sans ambiguïté sur ce point: les besoins de l?enseignement supérieur, de la recherche, ne peuvent plus être financés que par un endettement spécifique, celui qui serait lui à un nouvel emprunt. Ceci veut dire que l?endettement courant, celui qui est opéré tous les jours sur les marchés financiers, ne sert plus qu?à financer les déficits courants t ordinaires, que nous sommes maintenant devant une catégorie particulière d?emprunt, l?emprunt extraordinaire qui finance l?avenir, l?emprunt ordinaire finançant le passé. Il s?agit là d?une manifestation spectaculaire des effets de la crise, incarnée par ce que la Cour des comptes et son premier président, Philippe Séguin, ont évoqué mardi dernier en employant notamment cette expression: « Nous sommes devant un risque d?emballement de la dette ».
Quelques chiffres permettent de fixer les idées. Le déficit budgétaire prévisible pour 2009 est de 150 milliards d?euros. Il devrait en aller de même pour 2010. Selon plusieurs économistes, il s?agit là d?hypothèses réalistes, ou basses. Ainsi, l?endettement public pourrait progresser de 300 milliards d?euros en deux ans. Il faut y ajouter la perspective de l?emprunt, dont l?ordre de grandeur est de 100 milliards d?euros. Ainsi en seulement deux années, la France pourrait accroître son endettement de 400 milliards d?euros. Ce chiffre ne prend sa signification que si on le confronte à la totalité de l?endettement accumulé en France depuis trente ans. A la fin 2008, selon la Cour des comptes, il était légèrement supérieur à 1400 milliards d?euros. On comprend donc qu?en deux ans, 2009 et 2010, l?escalade est proprement vertigineuse.
La Cour des comptes, toujours, indique que pour l?année 2008, la charge de la dette, c?est à dire les intérêts acquittés par l?Etat français auprès des emprunteurs, s?est élevée à 54 milliards d?euros, davantage que le produit de l?impôt sur le revenu. Si dans les deux années qui viennent la dette s?alourdit dans les proportions évoquées plus haut, la charge de la dette, encore une évaluation de la Cour des comptes, pourrait avoisiner les 80 milliards d?euros. En tout état de cause, ce poste budgétaire là, le remboursement des intérêts des emprunts contractés, deviendra, et demeurera longtemps, le premier poste budgétaire en France.
Voilà ce qui identifie parfaitement l?impact et les conséquences de la crise économique terrible que nous traversons. A la vérité, pas grand monde aujourd?hui ne paraît posséder les recettes et les solutions pour faire face à la situation. Pour s?en tenir aux seuls faits, l?évidence commence à s?imposer que la France fait face actuellement à une explosion de sa dette publique, que ceci a des conséquences, bénéfiques pour certaines, pénalisantes pour d?autres, en tout état de cause terriblement fragilisantes pour la cohésion nationale.
Les "pourquoi" du remaniement 24/06
par Jean-Michel Aphatie le 24/06/2009 à 9h33
Quelques questions autour du remaniement gouvernemental annoncé hier soir.
Pourquoi le ministère de la Justice a-t-il été tout à coup élevé au rang de ministère d?Etat?
Pourquoi le ministre du Travail, Brice Hortefeux, quitte-t-il ce ministère moins de six mois après l?avoir pris en charge?
Pourquoi Bruno Le Maire, officiellement entré au gouvernement l?an dernier pour sa bonne connaissance de l?Allemagne, ce qui le désignait naturellement, nous avait-on dit, pour les Affaires européennes, abandonne-t-il son poste au profit de celui de l?Agriculture?
Pourquoi n?y aura-t-il plus de secrétariat d?Etat aux droits de l?Homme dans le gouvernement français?
Ou alors, pourquoi en a-t-on créé un il y a deux ans?
Pourquoi avoir nommé un professionnel du sport à ce ministère en 2007, et nommer là une parfaite novice en la matière, Rama Yade en l?occurrence?
Et pourquoi, au passage, accepte-t-elle, elle, ce trimbalement proche de l?ubuesque?
Pourquoi Frédéric Mitterrand à la Culture? Ou, la même question posé autrement, si Frédéric Mitterrand avait choisi de porter le patronyme de sa maman et pas celui de son papa, aurait-il été nommé ministre de la Culture?
« Frédéric Mitterrand est-il un homme de gauche? », demandait Nicolas Poincaré à Hervé Bourges, ancien patron de Frédéric Mitterrand sur TF1, hier soir sur RTL. Réponse d?Hervé Bourges exactement à 18h37: « Il est un homme de culture donc à priori un homme de gauche. »
Gauche, donc culture. Droite, donc plouc. Pourquoi?
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Radiographie du discours présidentiel 23/06
par Jean-Michel Aphatie le 23/06/2009 à 10h28
Le procédé, ce matin, est simple: des extraits (en italique) du discours prononcé par Nicolas Sarkozy, hier, devant le Congrès, à Versailles, ceci en respectant l?ordre des propos du chef de l?Etat, suivis de commentaires aux fins d?explication, d?éclairage, de mise en perspective, et encore, je suis modeste.
Je l?ai dit, il y a quelques jours, à la tribune de l?Organisation Internationale du Travail :
Il y a deux types de mondialisation.
Celle qui privilégie la croissance externe, chacun cherchant par tous les moyens à prendre les emplois et les marchés des autres.
Celle qui privilégie la croissance interne, c?est-à-dire un modèle de développement dans lequel chacun produisant plus et consommant davantage contribue au développement de tous.
La première pousse à l?extrême la logique de la compétitivité à tout prix en recourant à toutes les formes de dumpings, à des politiques commerciales agressives, à l?écrasement du pouvoir d?achat et du niveau de vie.
La deuxième s?appuie sur l?augmentation de la productivité, l?élévation du niveau de vie, l?amélioration du bien être.
La première est conflictuelle.
La deuxième est coopérative.
La première oppose le progrès économique et le progrès social.
La deuxième au contraire les lie l?un à l?autre.
Tout l?enjeu aujourd?hui est de faire passer la mondialisation de la première logique à la seconde.
Existe-t-il, en France, en Europe, dans le monde, un responsable ou un intellectuel défendant ou théorisant la première vision de la mondialisation? En existe-t-il un, quelque part, capable de donner vie à la seconde?
Fonder sa compétitivité non sur des politiques sacrificielles qui dégradent le niveau de vie, mais sur la recherche d?une productivité globale par la qualité de son éducation, de sa santé, de sa recherche, de ses services publics, de sa protection sociale, de ses infrastructures, par sa qualité de vie, par la mobilisation de toutes ses ressources matérielles et humaines, par une complémentarité réussie entre l?initiative privée et l?action publique, c?est au fond ce que la France a toujours voulu faire.
Généralités générales et généreuses. Une sorte de mal français, mais pas une exclusivité française.
Pourquoi le fossé est-il si grand entre nos idéaux et la réalité sociale ? Il n?a cessé de se creuser pendant 30 ans.
Pourquoi l?avenir est-il à ce point vécu comme une menace et si peu comme une promesse ?
Pourquoi les parents ont-ils si peur pour l?avenir de leurs enfants ?
Pourquoi un tel malaise ? Car il y a bel et bien un malaise, et ce malaise est profond.
Le président de la République, en quelques phrases, pose le diagnostic de trois campagnes présidentielles fallacieuses et mensongères (1981, 1995, 2007), et en tire à la fin le constat d?un profond malaise qui n?est autre que la manifestation d?une grave crise de confiance entre les élus et les citoyens. D?où lui vient cette conscience de l?irréalisme du discours politique? Qu?englobe-t-elle exactement? Figure-t-elle ici pour le seul plaisir de la rhétorique? Se sent-il lui même en cause ou bien ce constat ne vaut-il que pour ceux qui l?ont précédé sur le voie des promesses non tenues?
Comment se fait-il que malgré les efforts de tous, et je ne fais pas de ce point de vue de différence entre la Droite et la Gauche, comment se fait-il que l?on ait obtenu si peu de résultats en matière de chômage ? Qu?il y ait autant d?exclus ?
Que le malaise de la jeunesse soit si persistant ?
Que le malaise des classes moyennes soit si grand ?
Que nous ne soyons pas arrivés depuis 20 ans à mieux nous préparer au vieillissement de la population ?
Comment se fait-il que nous ayons autant tardé à entreprendre la révolution verte du Grenelle de l?environnement dont nous savions pourtant depuis longtemps qu?elle était inéluctable ?
Comment se fait-il que nous ayons autant de mal dans notre pays à préparer l?avenir ?
Comment se fait-il que nous ayons pris tant de retard ?
Quand on regarde tout ce que la société civile a fait ;
Quand on voit comment la société française s?est transformée ;
Quand on voit la capacité d?innovation dont elle fait preuve ;
Quand on voit ce que le courage, l?énergie, l?intelligence des Français est capable d?accomplir ;
On se dit que si l?Etat avait joué son rôle de force d?entraînement, de force de progrès, comme il l?a fait si souvent dans notre histoire, s?il avait été du côté des entrepreneurs, des créateurs, des inventeurs, la France aurait résolu beaucoup de ses problèmes et les Français regarderaient de nouveau l?avenir avec confiance.
Constat d?échec de l?action publique depuis deux décennies. Il serait plus judicieux de faire remonter le constat à trois décennies, 1979, deuxième choc pétrolier, qui déséquilibre l?économie française en profondeur et face auquel la seule parade est le déficit budgétaire, premier budget déficitaire d?une série ininterrompue à ce jour en 1980, indice irréfragable de l?incapacité des décideurs politiques à adapter la France à la nouvelle situation mondiale.
La référence à l?impréparation de la société française à son vieillissement est un autre aspect de la faillite des politiques menées. Ici, impréparation vaut imprévoyance, le pire consgtat d?échec pour l?action publique. Rappelons que depuis vingt ans en France, la dépense publique s?est toujours située à un très haut niveau par rapport aux autres pays européens, ainsi que la fiscalité. On peut en déduire un gaspillage important des ressources du pays. Est-ce la pensée du président?
La France a fait dans la durée un double mauvais choix.
Elle aurait dû faire beaucoup d?économies de gestion. Elle ne les a pas faites.
Elle aurait dû se concentrer sur les dépenses d?avenir. Elle ne l?a pas fait.
Même idée, reprise, répétée, d?un échec de la politique. Président lucide? Ou président déprimé?
Puis juste après dans le discours, ceci:
Je ne mets pas en cause telle ou telle famille politique, tel ou tel Gouvernement.C?estuneresponsabilitépartagée.
Conclusion typiquement française. Tous responsables, donc zéro coupables. Mode de préservation des élites observé dans les affaires de financement de partis politiques, le sang contaminé, le dossier Outreau, et maintenant la faillite de l?Etat dont le constat a été établi, de manière implicite, par le président de la République hier.
Oui nous avons un problème de finances publiques.
Oui nous avons un problème de déficits.
C?est un aveu. Rarement, sinon jamais formulé en des termes aussi simples. Lointaine réminiscence du fameux: « L?Etat est en faillite » de François Fillon, prononcé le 21 septembre 2007. Deux ans déjà.
Pour résoudre le problème, dit le président
Nous devons changer radicalement notre façon de poser le problème.
Suit une distinction entre « le mauvais déficit, celui qui finance les mauvaises dépenses, les gaspillages, l?excès de bureaucratie, les frais de fonctionnement trop élevés. Ce déficit structurel doit être ramené à zéro par des réformes courageuses »; le déficit « imputable à la crise » (...) « qu?il faudra résorber en y consacrant les recettes de la croissance »; enfin le « déficit qui finance les dépenses d?avenir. Il n?est pas anormal de financer l?investissement par l?emprunt. Ce peut être un bon déficit à la condition expresse qu?il permette de bons investissements. »
Le déficit dit structurel dans la pensée présidentielle peut-être évalué à plus ou moins quarante milliards d?euros par an. Le non remplacement d?un fonctionnaire sur deux partant à la retraite, chaque année pendant cinq ans, durée du mandat présidentiel, devait permettre, selon le plan d?origine, d?alléger la fonction publique d?Etat du coût de 150.000 postes. L?économie totale était chiffrées à 4 milliards d?euros. C?est donc dix fois cet effort qu?il faut produire, soit l?équivalent de 1,5 millions de postes de fonctionnaires. Irréaliste. Impossible. Visiblement, la conscience des masses, des sommes, des enjeux, n?habite pas le discours présidentiel.
Par ailleurs, l?annonce de la volonté présidentielle de ramener le « déficit structurel » à zéro par des « réformes courageuses » dément cette autre affirmation présidentielle:
« Je ne ferai pas la politique de la rigueur. Parce que la politique de la rigueur a toujours échoué ».
Réduire de quarante milliards les dépenses courantes d?un Etat qui vit au dessus de ses moyens depuis trente ans, c?est une politique de rigueur.
Les « recettes de la croissance » seront affectées au « déficit imputable à la crise ». Quelle est l?importance du déficit imputable à la crise? Quel est son rapport avec les recettes d?une croissance qui demeurera faible jusqu?à la fin du quinquennat?
Les investissements, enfin, seront financés par l?emprunt. Autre aveu, très inquiétant: la somme des produits, impôts et taxes ne suffit plus à assurer l?avenir du pays. L?endettement va donc se poursuivre. Il culmine aujourd?hui à plus de 1300 milliards d?euros. Les intérêts des emprunts pour faire face à cette dette colossale représentent aujourd?hui 45 milliards d?euros de dépenses annuelles. La barre des cinquante milliards d?intérêts pourrait être franchie l?année prochaine, ce qui en ferait le premier poste budgétaire en France, devant l?Education nationale. Ce serait alors le symbole de l?échec absolu de l?Etat et des dirigeants qui s?y sont succédés depuis trente ans, parvenus au bout de leurs actions conjugués à dépenser davantage d?argent public pour l?usure des banques que pour l?éducation des enfants de ce pays.
Au passage, quelques précisions.
Cette distinction entre déficits de plusieurs natures a été présentée à nos partenaires européens par Christine Lagarde, voilà quinze jours. Ils l?ont rejeté en bloc, s?en tenant à la position simple d?un déficit unique que chaque pays doit s?engager à résorber selon un planning réfléchi et organisé.
Sans le dire explicitement, le discours présidentiel rejette cette conception des choses. Soit ce rejet est temporaire, soit il provoquera, s?il est durable, des tensions fortes avec nos partenaires de l?euro, notamment l?Allemagne.
Enfin, cette phrase: « Je n?augmenterai pas les impôts »,est peut-être sincère. Elle est aussi irréaliste, inadaptée à la situation, condamnée à être contredite. Ne se trouve-t-il personne dans l?entourage du président pour l?alerter sur cette évidence? Ou bien n?entend-il pas d?éventuels contradicteurs?
Mercredi, avec le Premier ministre nous procéderons à un remaniement du Gouvernement.
Son premier travail sera de réfléchir à nos priorités nationales et à la mise en place d?un emprunt pour les financer.
Par anti phrase, le président de la République avoue ne pas connaître à ce jour les « priorités nationales » puisqu?il invite son gouvernement à y réfléchir. Il annonce aussi un emprunt, « soit auprès des Français, soit auprès des marchés financiers » pour les financer.
Ceci est généralement retenu par les commentateurs comme la seule annonce, mais de taille du discours. Emprunter sur les marchés financiers, c?est ce que la France fait depuis trente ans, de manière continue, soutenue, et ce n?est pas prêt de s?arrêter. La seule nouveauté, c?est l?affectation de l?emprunt aux « priorités nationales ». D?une part, de vagues réminiscences de finances publiques suggère à la mémoire que ceci n?est pas compatible avec les règles actuellement en vigueur de la comptabilité publique. D?autre part, ceci n?est qu?une variante du même aveu, implicite tout au long du discours: l?Etat français, ruiné, n?a plus les moyens de son développement.
Plus subtile est la référence à l?emprunt auprès des Français. Il s?agit là d?un appel au patriotisme. Donnez votre argent pour le futur du pays. Retour à une psychologie des années trente, ou bien cinquante, emprunt Pinay. Ce geste politique a un coût car le patriotisme dans ces matières est rarement désintéressé. Pour dégeler l?épargne des Français, il faudra offrir une forte rémunération aux prêteurs. Ce qui, au bout du compte, peut se révéler un acte de mauvaise gestion.
Vive la République!
Vive la France!
Conclusion partagée par tous.
Bonjour Strauss-Kahn, bye bye Pulvar 22/06
par Jean-Michel Aphatie le 22/06/2009 à 10h11
Vains, sans doute, les mots sur l?Iran, cet espoir, là bas aussi, là bas encore, que l?on assassine. Mais quelques mots quand même car ceux qui résistent ressemblent tellement à ceux qui, ailleurs, avant, ont résisté et à qui souvent l?histoire, par des détours hélas douloureux, a fini par donner raison.
Hier Eric Woerth était l?invité du Grand Jury. C?est avec une franchise rare, et si souvent réclamée, qu?il a énoncé les chiffres qui disent la situation budgétaire de la France. 140 milliards de déficit cette année, autant l?année prochaine. Dans ce plongeon vers les abysses des finances publiques françaises, 30 milliards de déficit en 2010 pour la Sécurité sociale. Des chiffres abstraits à force d?être exceptionnel, une situation dégradée comme elle ne l?a plus été, en France, depuis la crise monétaire des années 20. Et la poursuite d?une forme d?indifférence qui n?est rien d?autre, au bout du compte, que la mesure de l?impuissance.
C?était bien cela qui était fort, hier soir, lors de l?émission: l?impuissance. Comment maîtriser la dérive majeure des finances publiques? Comment colmater les brèches? Et ceci, sans même imaginer un possible retour à un équilibre financier, inatteignable en Fance avant de très, très, nombreuses années. Eric Woerth a redit devant le Grand Jury qu?il n?était pas question d?augmenter les impôts, ni les prélèvements pour les branches maladie ou retraite de la Sécurité sociale. Dont acte. On peut imaginer, sans être certain de rien, que l?engagement vaudra jusqu?en 2012. Après, ce sera une autre histoire.
Si l?action publique ne porte pas sur les recettes, peut-elle porter sur les dépenses? Les possibilités sont très faibles. La suppression de 150.000 postes dans la fonction publique nationale sur environ 2,5 millions de fonctionnaires s?avère déjà très complexe, et génératrice de fortes tensions. Le pouvoir n?a pas les moyens, ni d?ailleurs la volonté, d?aller plus loin, ou plus vite, dans la réduction du périmètre de l?appareil d?Etat. Globalement donc, le niveau des dépenses demeurera ce qu?il est aujourd?hui.
L?inflation, entend-on, sera la solution pour réduire les déficits. Hypothèse plus sotte que réaliste. D?abord, l?inflation ne se décrète pas, du moins par le pouvoir politique. Ensuite, nos engagements monétaires européens rendent cette voie difficilement praticable. Enfin, l?inflation qui n?est que la ruine de l?épargne est la marque et la preuve d?une économie archaïque, livrée au bon plaisir de l?Etat et irrespectueuse des citoyens.
Que reste-t-il alors? L?impuissance, la contemplation du spectacle, ou plutôt des dégâts. Le pouvoir aujourd?hui, quoiqu?il dise, quel que soit son volontarisme, est piégé par l?équation financière proposé par les déficits. Immobile, le voici en danger, et nous avec lui, car les prêteurs sur les marchés financiers ne manqueront pas de s?inquiéter, à une échéance plus ou moins éloignée, peut-être plus proche que nous l?imaginons, de cette dérive non maîtrisée des comptes publics.
Les étapes de la descente aux enfers sont connues car d?autres avant nous les ont vécues. Argent plus cher sur les marché des capitaux. Enchérissement des emprunts, augmentation du coût des intérêts, étranglement financier. Rendu là, l?alternative est simple, mais cruelle: crise monétaire ou appel au FMI (fonds monétaire international) pour obtenir un rééchelonnement de la dette. Dans le premier cas, c?est la ruine nationale, dans le second la crise nationale.
Le FMI, aujourd?hui dirigé par qui vous savez, c?est cet ami des mauvais jours qui vous permet d?obtenir de l?argent quand plus personne ne veut vous en prêter mais qui enregistre votre pénitence pour être certain que vous le rembourserez. Coupes drastiques dans la dépense publique, augmentation conséquente des taxes, impôts, prélèvements. La purge, la souffrance, le choc.
Certains penseront que j'exagère. Peut-être ont-ils raison. Les jours qui s'annoncent nous départageront. Mais à ceux là, une réflexion. N?est-il pas étrange de constater que le dévoilement des pires chiffres que le pays ait connu depuis des décennies ne suscite ce matin, ne suscitera demain, aucune inquiétude, aucun débat. Nous continuons à vivre dans le déni le plus absolu de cette réalité pourtant fondamentale de notre vie collective: la crise de ce bien communautaire que sont les finances publiques. Et nous pensons nous en sortir sans mal, sans peine, par magie? Le retour de ce que nous refoulons, comme toujours, sera violent.
La journaliste Audrey Pulvar quitte la présentation du journal de France 3, le 19/20, qu?elle assumait depuis cinq ans. Elle a choisi de rejoindre la rédaction de la chaîne d?information continue, I-Télé, où elle présentera la session d?info 18/20.
Il ne s?agit pas là d?un transfert banal. Divers épisodes ont fait une réputation à Audrey Pulvar, 37 ans, celle d?une journaliste anti sarkozyste. Elle même a pu dire, notamment après un dossier élaboré avec sa délicatesse coutumière par l?hebdomadaire Marianne, que cette réputation lui pesait et lui paraissait injustifiée. Protestations de peu de poids face à la ténacité des sergents recruteurs de la République en danger.
Son départ est vécu par ceux là comme une petite tragédie. Il faut lire le papier rédigé dans Libération de ce week-end par les Johnsson&Johnsson du journalisme média. Comment est-ce que cela se fait-il que le service public n?est pas retenu la journaliste? Pourquoi donc s?il vous plaît qu?elle part? Et d?autres interrogations métaphysiques de ce style qui aboutissent à la conclusion de ce papier, citée in extenso non pour sa valeur mais parce qu?avec un bloc, ce qui est pratique, c?est la place:
Certains disent ne pas comprendre « pourquoi on n?a pas cherché à la retenir », tandis que d?autres ne comprennent que trop bien: « C?est politique, Patrick de Carolis veut être reconduit par Sarkozy après la fin de son mandat en 2010, et Audrey Pulvar dérange. »
A défaut de savoir qui parle, citation anonyme, on comprend de qui l?anonyme parle. Si la journaliste dérange, c?est bien évidemment le pouvoir, pardon, le Pouvoir, c?est à dire le maître, pardon, le Maître. Et le pdg de France Télévision, l?échine toujours courbée, satisfait tous ces désirs, même les muets. Evidemment, Johnsson&Johnsson n?imaginent pas un instant que l?intéressée voulait changer d?air, faire autre chose, échapper peut-être tout bêtement à cette étiquette. Non, puisque cela, le désir individuel et professionnel de la personne concernée, n?entre pas dans le schéma de la résistance, alors cela n?entre pas non plus dans le papier. « France 3 laisse filer Audrey Pulvar ». Voilà la vérité du jour.
Notons, pour en terminer, cette cocasserie. C?est bien une chaîne privée, réceptacle de la « gangrène » publicitaire, qui va permettre à Audrey Pulvar de poursuivre son travail de journaliste. Ceux qui racontent parfois n?importe quoi pourraient au moins convenir que parfois la « gangrène » a du bon.
Le Conseil constitutionnel presque aux abonnés absents 20/06
par Jean-Michel Aphatie le 20/06/2009 à 19h26
La réunion du Congrès, programmée lundi, à Versailles, révèle des attitudes et un état d'esprit assez éloignés d'une éthique républicaine minimale.
C'est après avoir enregistré le résultat de l'élection au parlement européen du 7 juin dernier que le chef de l'Etat a décidé de s'exprimer en personne devant les sénateurs et les députés. Cette possibilité résulte de la révision constitutionnelle effectuée en juillet dernier et est utilisée pour la première fois par Nicolas Sarkozy. Pour que le président puisse valablement s'exprimer devant le congrès, lundi, à 15 heures, une modification du réglement des chambres, appremment négligée depuis l'anné dernière, demeure nécessaire. Du coup, les responsbles de l'organisation du congrès ont arrêté le schéma suivant pour la journée de lundi. Adoption du nouveau réglement par les parlementaires dans la matinée, puis réunion extraordinaire du Conseil constitutionnel à l'heure du déjeuner pour valider le dit réglement, et enfin expression du chef de l'Etat à 15 heures.
On en conviendra: cet ordre du jour alliant précipitation et bricolage n'est déjà pas à l'honeur de la République qui mérite sans doute mieux que ce sentiment d'impréparation générale. Mais le pire se trouve sans doute dans cette description que fait le journal Le Monde de ce samedi après-midi de la situation au Conseil constitutionnel. "Problème, écrit le journal, avisés tardivement de cette séance execptionnelle, plusieurs membres du Conseil constitutionnel étaient pris par des obligations auxquelles ils ne pouvaient pas se soustraire. Seuls six des neufs membres pouvaient être présents lundi midi, alors que la règle du quorum réclame la présence de sept juges. C'est grace à Jacques Chirac, membre de droit (...) qui s'est libéré, que le quorum pourra être atteint."
C'est ainsi que l'on apprend fortuitement, par l'encadré d'un journal, que les membres du Conseil constitutionnel, juges suprêmes de la loi, ne sont pas totalement au service de l'institution à laquelle ils appartiennent. Des "obligations" apparemment supérieures au contrôle de la loi, peuvent les obliger à déserter le Conseil? De quelles obligations s'agit-il? Mystère. On pouvait les penser dévouer à leur tâche. Il n'en est rien. On les pensait suffisamment honorés et payés par la République pour ne faire que cela. Peut-être n'est-ce pas le cas.
On aimerait, évidemment, avoir le fin mot de l'histoire, connaître le nom des absents, et leurs bonnes raisons pour ne pas honorer la tâche que la République leur a confié. Mais sans doute n'en saura-t-on rien car il y a longtemps que le sentiment d'impunité a supplanté celui du devoir dans l'esprit de beaucoup des serviteurs de la République
Quand on parle trop, on dit des bêtises 19/06
par Jean-Michel Aphatie le 19/06/2009 à 11h09
Les Iraniens continuent de résister. Spectaculaire démonstration de courage, formidable défense des valeurs démocratiques.
Dans ce contexte, les déclarations d?Hugo Chavez, président du Venezuela, icône de l?altermondialisme, figure de référence de l?anticapitalisme et de l?antiaméricanisme, apparaissent grossières, stupides et obscènes. Le journal Le Monde les reproduit, en page 8, de son édition datée de ce 19 juin. Pour lui, le scrutin présidentiel iranien a été « une extraordinaire journée démocratique », un moment « très important pour les peuples qui luttent pour un monde meilleur. » Quant à Mahmoud Ahmadinejad, il serait « victime d?une campagne de discrédit féroce et infondée », lui qui serait en fait « un vaillant lutteur pour la révolution islamique et contre le capitalisme. »
On souhaite bien du courage à ceux qui, après de telles déclarations, chercheront encore à défendre le « chavisme » et celui qui l?incarne.
En Ile-de-France, la liste Europe-Ecologie de Daniel Cohn-Bendit a recueilli 20,87% des suffrages, devançant la liste socialiste conduite par Harlem Désir, 16,80%. Du coup, pour les élections régionales de mars 2010, les Verts d?Ile-de-France se sentent pousser des ailes. Jean-Vincent Placé, vice-président du conseil régional Ile-de-France, affiche clairement son ambition dans une interview donnée au journal Le Monde. A la question: « Vous imaginez-vous prendre la tête de la région en 2010? », il répond ceci:
« Cela fait cinq ans que je copréside la région avec son président socialiste, Jean-Paul Huchon. Je connais l'ensemble des politiques publiques régionales. Je maîtrise l'affectation des 4,5 milliards d'euros de budget régional. J'ai la prétention de dire que je me sens tout à fait capable de diriger l'Ile-de-France. »
Et il commence tout de suite sa campagne électorale en dénonçant la gestion de Jean-Paul Huchon, président socialiste de la région:
« Comme au Parlement européen, l'Ile-de-France est victime d'une cogestion PS-UMP qui conduit à l'immobilisme. »
Cette déclaration est intéressante car elle dévoile la vraie nature des Verts français, politiciens en diable, préoccupés des places comme peu de responsables politiques le sont, caractéristiques singulières que le talent et le charme de Daniel Cohn-Bendit ont recouvert de son manteau souriant.
En effet, les Verts n?ont eu des sièges au Conseil régional d?Ile-de-France, et ailleurs, que grâce aux places que leur ont laissé les socialistes sur leurs listes. Il a donc tout le temps existé, et même pendant longtemps, entre ces deux courants une forme de proximité intellectuelle et politique suffisante pour expliquer la cohabitation et la gestion commune. Cet héritage là, le voilà bazardé sitôt un premier succès enregistré. Les socialistes? « Immobiles », selon les écolos, autant dire nuls, et en tout cas désormais infréquentables. L?avidité des postes peut même aller jusqu?à cette dénonciation imaginaire d?une cogestion régionale UMP-PS. En fait, le bilan des socialistes en Ile-de-France est aussi celui des écologistes, et il faut une belle dose d?opportunisme et de cynisme pour tout jeter ainsi à la poubelle.
Pourquoi donc l?écologie, aussi présente à l?esprit des Français, a-t-elle enregistré aussi peu de succès lors des consultations électorales? A cette question, souvent posée avec sincérité, la réponse est simple: parce que les Verts.
Philippe Val est donc installé à la tête de France Inter. Directeur, pour son titre exact. Son prédécesseur, Frédéric Schlessinger, devient lui conseiller du président de Radio France, Jean-Luc Hees. Comme les deux hommes se détestent, les conseils ne seront pas nombreux. En clair, Frédéric Schlessinger entre dans un placard, payé pour ne rien faire, spécialité du service public de l?audiovisuel en France. Et combien de temps durera cette placardisation? Longtemps, si l?on en croit un papier publié hier sur le site du magazine Le Point:
« «Il peut rester conseiller de Jean-Luc Hees autant qu'il le souhaite, le temps de trouver un nouveau projet professionnel », indique-t-on à la direction de Radio France.
Il ne s?agit là que d?une nouvelle illustration d?un théorème connu depuis longtemps. L?argent public, celui du contribuable, appartient à tout le monde, et donc à personne. D?où son utilisation parfois folklorique, et assumée comme telle, dans le cas de ce « placard perpétuel » dévolu à l?ancien directeur de France-Inter.
Iran, Juppé, Yade, Val 18/06
par Jean-Michel Aphatie le 18/06/2009 à 9h07
L?histoire hésite encore en Iran. La contestation semble demeurer très forte, les contestataires très mobilisés et en face, les responsables de l?appareil d?Etat paraissent divisés, incertains, mal assurés d?eux mêmes. Une remise en cause du résultat grotesque de l?élection présidentielle est-elle possible? Une destitution, de fait, de l?actuel président Ahmadinejad est-elle envisageable? On aurait envie de répondre non, mais l?on espère que oui.
Vue d?ici, vue de loin, cette crise iranienne a quelque d'irréel. Nous mesurons mal, parce que la culture nous éloigne, et aussi parce que les journalistes ne peuvent pas faire leur travail de témoignage, les tensions qu?elle engendre dans la société, nous ne pouvons pas non plus mesurer les rapports de forces, les lignes qui bougent, les rouages décisifs qui se grippent. Nous ne visualisons pas non plus les visages et les acteurs majeurs de ce que l?on ne peut nommer une tragédie, mais qui pourrait évidemment le devenir. Ainsi, nous sommes réduits à attendre. Nous agrégeons des faits, poursuite des manifestations, prise de position de tel responsable, sans pouvoir apprécier leur importance, ni leur portée. Intuitivement pourtant, nous comprenons tous qu?il se joue en Iran quelque chose d?important pour le Moyen-Orient comme pour l?Occident. Important en quoi? Important comment? C?est le propre de l?histoire de ne dévoiler que parcimonieusement les cartes qu?elle est en train de jouer.
Pendant ce temps, notre actualité poursuit son chemin, intéressante et futile, faites de ces petits riens qui nous décrivent et parfois nous révèlent à nous mêmes.
Hier, Alain Juppé a pris la parole devant des journalistes parlementaires. Pourquoi hier? Pourquoi devant des journalistes parlementaires? Les articles de presse qui rapportent aujourd?hui certains de ses propos ne le disent pas. Ce qui compte, ce sont les propos justement, dont au moins un retient l?attention. Le Figaro, pag 47: « Le maire de Bordeaux s?est converti au non-cumul des mandats ». Position intéressante, et utile pour la démocratie française. Le cumul, ceci a déjà été écrit ici, est un mensonge, une entrave au fonctionnement des institutions, passivité et absentéisme des parlementaires, une source aussi de blocage pour le personnel politique, le cumul retardant le renouvellement des élites et handicapant la diversité sociale du corps des représentants. Au bout de l?analyse, la situation de cumul des mandats électoraux, sans exemple en Europe, apporte une somme d?inconvénients que ne contrebalancent pas d?hypothétiques bienfaits. Qu?Alain Juppé rejoigne cette analyse mérite d?être remarqué et salué. Espérons qu?enfin d?autres élus rallieront cette position.
Le remaniement gouvernemental approche. Partout, la tension est à son comble. On rapporte le cas de citoyens qui ne mangent ni ne dorment, inquiets à l?approche du changement. Le radical de gauche corse Giaccobi va-t-il devenir ministre? Et pour quel poids de lentilles, s?il vous plait? Michel Mercier, trésorier du Modem, va-t-il franchir le pas et devenir, enfin, ministre de l?Agriculture, ou de l?Industrie, ou du logement, ou des collectivités territoriales, ou des petits pois sucrés, ou des bananes flambés, n?importe quel ministère enfin tant ses talents sont grands et la République sotte de ?en être si longtemps privés? On palpite donc dans les chamières. Seul l?Oracle sait. Quand parlera-t-il?
Peut-être Rama Yade se fait-elle du souci. Des échos de presse rapportent qu?à deux reprises cette semaine, le président de la République, Celui dont tout dépend en France, s?en est pris à elle. Une première fois lors d?un commentaire sur les élections européennes, un combat qu?elle déclina naguère. Une autre fois à propos de déclarations jugées intempestives de la secrétaire d?Etat aux droits de l?Homme sur la situation iranienne. Le sarkosysme n?ayant que rarement paru disposé à l?oubli et encore moins au pardon, des comptes se régleront-ils à l?occasion de ce remaniement?
La nouvelle est désormais officielle, Philippe Val va diriger la radio publique France Inter. Jean-Luc Hess, pdg de Radio-France, qui l?a nommé à ce poste, l?a présenté ainsi: « C?est un bon choix pour la station: il est respectueux des libertés et aura à coeur de garantir la nature de France Inter. »
Qu?en France, en 2009, le responsable d?une grande société de l?audiovisuel public français se sente obligé de préciser d?un subordonné qu?il est « respectueux des libertés » est, pour le moins, inattendu. Cela ne va donc pas de soi. Pourquoi? Parce que le Philippe Val en question est l?ami de Carla, elle même épouse de Nicolas. On en conviendra, le CV est terrible. Dangereux. Effrayant. D?où la précision: Philippe Val est « respectueux des libertés ». Oui, mais jusqu?à quand?
Au petit jeu, nous y avons tous joué à la maternelle, de « Bouh! fais-moi peur », il faut bien reconnaître que certains sont meilleurs que d?autres.












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