"Rumeur" Dati: les évolutions sémantiques du Monde 12/04
le 15/04/2010 à 12h06
Les polémiques consécutives à la rumeur concernant le couple présidentiel sont désormais éteintes. En revanche, des interrogations demeurent sur la seconde rumeur, concernant Rachida Dati, dont il faut bien constater qu?elle n?intéresse personne alors même qu?elle pose au journalisme et à ceux qui le pratiquent des questions importantes, intéressantes et utiles.
Le faux nez des "primaires" 28/08
le 28/08/2009 à 14h27
Vincent Peillon, responsable socialiste, était l?invité de RTL, ce matin, à 7h50.
la République ne connaît pas la crise 27/08
le 27/08/2009 à 12h13
Après avoir présidé le conseil des ministres mardi, puis reçu les banquiers à l?Elysée mercredi, Nicolas Sarkozy est reparti au Cap Nègre (Var) pour terminer ses vacances.
Un emprunt si Français 26/08
le 26/08/2009 à 10h48
Alain Juppé, président de la commission unique au monde sur l?emprunt, était l?invité de RTL, ce matin, à 7h50
C'est la rentrée, rien n'a changé 24/08
le 24/08/2009 à 10h07
Je ferai bien, en ce billet de rentrée, appel à votre mémoire, à votre connaissance de l?histoire. La gauche, dans les années soixante dix, se déchirait à belles dents. Socialistes et communistes avaient rompu leur programme commun. Ils se battaient comme des chiffonniers. Et puis, l?un des dirigeants, un socialiste me semble-t-il, mais je peux me tromper, avisant la date proche de l?élection présidentielle de 1981, pondit l?une de ces phrases synthétiques qui sont le sel de la politique: « N?oublions pas que ce qui nous unit est plus important que ce qui nous divise. »
Vacances 10/07
par Jean-Michel Aphatie le 10/07/2009 à 10h28
Fin de saison, la sixième sur RTL. Donc, dernier billet de la saison. Prochain billet, le 24 août, jour de la rentrée radiophonique, la septième. Dans l?intervalle, vacances.
On pourrait écrire beaucoup de choses à propos de la saison qui se termine. Elle fut celle du tremblement politique en Iran, un phénomène dont nous n?avons pas fini de mesurer les effets, et qui concerne davantage qu?on ne peut le penser l?Occident et l?Europe. Cette saison fut aussi celle de la crise financière, et de la perte de contrôle de la dette en France. L?avez-vous noté? Marianne a rejoint le camp de la dénonciation de la dette. Un thème de droite, assurait l?hebdo naguère. Dont acte: Marianne, à droite. Foutue saison.
Il s?est passé beaucoup d?autres choses dans une saison d?actualité, des drames et du rire, du rire et des larmes, et tant d?autres choses. Impossible d?en faire le bilan car l?actualité, notre pain quotidien, n?arrête jamais ses facéties et ne cesse jamais ses contre pieds.
Donc, reposez-vous bien et à bientôt sur ce blog.
EDF, un pavé dans la mare 09/07
par Jean-Michel Aphatie le 09/07/2009 à 9h46
Le débat que propose EDF à la société française est passionnant. Voilà une société prospère et endettée, qui gagne de l?argent chaque année mais qui a dû emprunter beaucoup d?argent pour financer son développement. L?Etat demeure le principal actionnaire d?EDF. Chaque année, cet actionnaire demande à l?entreprise son écot. Nous sommes loin, dans cette relation, d?un partage des profits en trois tiers, investissement, dividendes, versements aux salariés. L?actionnaire d?EDF est impitoyable et demande à être rémunéré pour sa participation financière dans l?entreprise. Par ailleurs, il laisse les dirigeants se débrouiller pour financer leurs investissements. Voilà longtemps que l?Etat impécunieux et endetté ne se soucie plus de remplir le rôle d?apporteur de capitaux.
Pour financer son développement, notamment à l?étranger, EDF a donc eu recours à l?emprunt. C?était son unique voie. On peut discuter de la pertinence des acquisitions, de leurs coûts. En même temps, l?immobilisme aurait sans doute tué l?entreprise publique, qui sans cela serait restée passive face au développement des autres. Résultat, aujourd?hui EDF a pratiquement 25 milliards d?euros de dettes dans son bilan, auxquels il faut rajouter les trois milliards qu?il vient de lever sur le marché français.
Pour l?avenir, de nouveaux investissements paraissent nécessaires. Il ne s?agit plus là d?acquérir des sociétés à l?étranger mais de penser au renouvellement du parc des centrales nucléaires, ainsi qu?à la modernisation des centrales existantes. Ce dernier point est éclairant. A l?origine, les centrales construites à la fin des années soixante et dans les années soixante dix, devaient durer trente ans. Il y a dix ans, l?électricien a décidé de les exploiter durant quarante ans. Dix ans de répit. Actuellement, il veut pouvoir les exploiter soixante ans. Mais à force d?être tirée, la corde s?use. L?allongement de la durée de vie passe par de nouveaux investissement sur les sites existants. EDF a doc besoin d?argent.
Ne pouvant plus emprunter sous peine de sombrer, il lui reste l?unique ressource d?augmenter le prix de l?électricité. Si le prix n?en n?était pas réglementée, le consommateur aurait déjà vu sa fature flmaber. Mais après tout, on peut se dire que puisque la collectivité a consenti, voilà des décennies, un effort pour la construction des centrales, il n?est que d?un juste retour des choses que ses citoyens paient aujourd?hui le remboursement moins cher. Seulement, cette logique aussi s?épuise. Et la somme des contraintes pousse Pierre Gadonneix, pdg d?EDF, a demander aujourd?hui un relèvement de 20% de l?électricité dans les trois ans à venir.
Cette demande, évidemment, est adressée à l?Etat. C?est lui qui surveille et encadre le prix de l?électricité. Pour d?évidentes raisons politiques, encore plus fortes et évidentes pendant la crise, l?Etat n?a aucune envie d?accorder au pdg d?EDF ce qu?il demande. En même temps, l?Etat actionnaire sait bien que la demande du pdg d?EDF est légitime. Il faut bien les financer, ces investissements, qui ne sont rien d?autre que ces fameuses « dépenses d?avenir » dont on nous rebat les oreilles ces jours ci. Mais les financer au prix de la colère des consommateurs, est-ce raisonnable? Voilà bien un cas typique de schizophrénie dont on pourra surveiller l?issue avec gourmandise.
Deux données complémentaires pour raffiner la réflexion. La première tient à la culture économique de ceux qui doivent prendre la décision. EDF réclame l?augmentation des tarifs en plaidant le risque de l?endettement excessif, auprès de gens qui vivent depuis des années dans l?endettement excessif. Comment ces cultures là peuvent-elles dialoguer et trouver une solution? Par ailleurs, les décideurs sont aussi des élus locaux, qui souvent conservent leur mandat dans l?exercice de leurs fonctions ministérielles. Voyez par exemple le ministre de l?industrie qui est demeuré maire de Nice. Comment voulez-vous que cet homme là construise sa réflexion en tant que ministre chargé de définir l?intérêt général? Réponse à un euro à faire figurer dans l?espace des commentaires.
Morale de tout cela sous forme de questions. Est-ce une chance ou pas d?avoir l?Etat comme actionnaire? Une entreprise, ouverte au monde comme EDF, performante d?ailleurs à l?étranger, gagne-t-elle en souplesse et réactivité avec l?Etat comme actionnaire? Qui avantager dans la réflexion? Le consommateur qui vote en 2012, ou bien l?entreprise qui doit rénover son outil industriel dans les parages de 2020? Enfin, comment prendre une décision sereine quand les besoins se multiplient et l?argent se raréfie?
Comme dirait Marianne, hebdomadaire anti pensée unique cultivant une pensée droitière, il n?est que temps de prendre conscience des périls que nous font courir la "dette vertigineuse" et les « déficits abyssaux »
Dans Les Echos, ce matin: "L'Etat commence à éprouver des difficultés pour placer ses émissions obligataires" 08/07
par Jean-Michel Aphatie le 08/07/2009 à 9h27
La cérémonie d?hommage à Michaël Jackson était belle hier soir, émouvante, et aussi représentative de l?universalisme américain. Certains jugent que l?on a trop parlé de Michaël Jackson. Qu?ils se rassurent: nous en parlerons encore longtemps.
Les dirigeants socialistes ont consacré leur après-midi d?hier à une réflexion commune sur le projet politique que ce parti entend proposer bientôt, un jour, aux Français. La presse, qui rapporte ce fait d?actualité, signale que des sondages et des études qualitatives sur l?état de la France et les attentes des Français ont servi de support à cette recherche collective.
Dans un premier mouvement, on peut saluer l?organisation rationnelle de ce travail. On peut s?en étonner aussi. Des dirigeants politiques qui vantent tous les jours les vertus du cumul des mandats, cette pratique unique dans les démocraties occidentales que personne ne nous envie, ont donc besoin de sondages, d?études de spécialistes, pour se faire une opinion sur l?état du pays. C?est donc que leur pratique qui consiste à additionner les mandats, soit disant pour mieux connaître la société, qu?ils administrent n?a pas vraiment les effets bénéfiques annoncés. Proposition: soit on supprime ce cumul inutile et odieux, soit on élit le président de la Sofres à la présidence de la République.
Dans le journal économique Les Echos, page 2. L?Etat français emprunte de plus en plus à court terme, c?est à dire à moins d?une année d?échéance. Ces bons du Trésor à court terme représentent désormais un tiers des nouvelles émissions et 16% de la dette totale, soit deux fois plus qu?à la fin 2007 détaille le journal. Cette information est issue de l?audition de Philippe Mills, directeur de l?Agence France Trésor, organisme gestionnaire de la dette publique, devant la commission des Finances du Sénat. Selon Philippe Marini, rapporteur du budget au Sénat, cette politique de placement à court terme illustre « les difficultés que l?Etat commence à éprouver pour placer ses émissions obligataires. » Du même Philippe Marini, cette phrase ambiguë: « Nous nous approchons d?une zone sensible ».
Les responsables politique rassurent souvent l?opinion publique, à moins qu?ils ne se rassurent eux mêmes, en assurant que la signature de la France demeure solide sur les marchés financiers. On comprend à la lecture des Echos que cette affirmation est, hélas, très relative. Comme toujours, la vérité est sous nos yeux. Combien de temps refuserons-nous de la voir?
Travail du dimanche, poilade assurée 07/07
par Jean-Michel Aphatie le 07/07/2009 à 9h27
Nous le savons tous mais nous ne le disons pas assez. Nos députés précisément, nos parlementaires de manière plus large, et nos élus en règle générale, sont parmi les meilleurs du monde. L?explication de ce constat est simple: le cumul des mandats, l?ancrage dans le réel. Atout irremplaçable, source, entre autres, de la supériorité de la France sur tous les autres pays de l?Univers.
L?Assemblée nationale s?apprête à infliger une nouvelle preuve de cette supériorité française à partir de cet après-midi, avec l?examen de la proposition de loi « réaffirmant le principe du travail dominical et visant à adapter les dérogations à ce principe dans les communes et zones touristiques et thermales ainsi que dans certaines grandes agglomérations pour les salariés volontaires. » Ce texte, ses origines, ses avatars et son architecture, mériterait d?être enseigné dans toutes les bonnes écoles du rire. Et son examen attentif atteste magnifiquement du génie français, à nul autre comparable, pour la construction d?usine à gaz raffinée et inopérante.
La proposition de loi distingue deux catégories de territoires en France. D?abord les zones touristiques et thermales, où déjà des commerces ouvrent le dimanche, notez bien cela, des commerces et non pas tous les commerces. Ensuite, les périmètres d?usage de consommation exceptionnel, les PUCE, où déjà, en contravention avec la loi existante, des commerces ouvrent le dimanche, en région parisienne, ou marseillaise par exemple.
Dans les zones touristiques, vous suivez toujours j?espère, seuls les magasins ou commerces étant liés à la satisfaction du tourisme sont ouverts. Cas concret: si vous vendez des lunettes de soleil, pas de problème, vous pouvez ouvrir le dimanche. Si vous vendez des lunettes de vue, c?est fermé le dimanche. La proposition de loi stipule que désormais tout sera ouvert, vue et soleil. Question de bon sens, direz-vous. Quels avantages, quelles contreparties, sont prévues dans le texte pour les salariés des commerces qui, aujourd?hui ne peuvent pas ouvrir le dimanche? Aucune. C?est ça qui est fort. Le texte organise juste une forme de régression pour les salariés de ces commerces là. Ils n?auront aucune compensation salariale ou sociale. Ils perdront juste le droit de se reposer le dimanche.
Les salariés des PUCE, eux, c?est l?inverse. Sollicités uniquement sur la base du volontariat, ils travailleront le dimanche en étant mieux payés, jusqu?au double de leur salaire normal, et bénéficieront de jours de compensation. Et que se passera-t-il pour les salariés de ces zones, ces PUCE, serveurs et cuisiniers dans les cafés, infirmières dans les hôpitaux? Bénéficieront-ils, eux aussi, d?un complément de salaires et de possibles repos supplémentaires? La réponse est claire: c?est non.
Autre curiosité de cette proposition de loi. Les habitants d?Alsace et de Moselle, qui sont traités différemment depuis le Premier Empire, sont au coeur d?un amendement spécial et extraordinaire. Cet amendement stipule que la loi ne s?appliquera pas à eux. Pas de zones touristiques en Alsace et en Moselle, pas de PUCE non plus. Là bas, la règle est simple, la loi ne s?applique pas, le dimanche est un jour de repos, sauf dérogation ordinaire pour les 180 professions qui travaillent le dimanche. C?est simple, non?
Imaginons que vous soyez Alsacien, donc Français. Vous voulez travaillez le dimanche, « travaillez plus pour gagner plus ». Eh bien non, impossible. La loi vous l?interdit. Pas de chance, l?Alsace. Z?avez qu?à déménager à Marseille, les Alsaciens.
Imaginons ce texte de bric et de broc, de rustines et placebo, de convexes et de concaves, soumis au Conseil constitutionnel par une opposition facétieuse. Serait-il ou non sanctionné? Très probablement oui. Que faudrait-il faire alors? Recommencer tout. Rigolo, non?
Alain Juppé et Michel Rocard, Plic et Ploc, Boule et Bill, Zic et Zac, Pim et Paf, Pouf et Poum, ont été nommés grands chanceliers de la commission chargée de réfléchir à la notion de « dépenses d?avenir » que nous financerons par le Grand emprunt soutenu par Marianne. Déjà, c?est formidable. D?ailleurs, tout est formidable dans cet emprunt. Il est décidé avant même de savoir à quoi il va servir. Son montant est inconnu. Ses conditions le sont aussi. Ainsi que la nature des souscripteurs. Bref, on ne sait rien, mais on n?arrête pas d?en parler.
Dans trois mois, deux anciens premiers ministres vont donc nous dire à quoi va servir cet emprunt. Et pendant ce temps là, que fait l?actuel premier ministre? Car nous avons un premier ministre en France. Non! Si!. Non! Si! Non! Si! J?ai même son nom? Ah bon? Et comment t?est-ce qu?il s?appelle? François Billon. Non, François Rillon. Non, François Fillon. Enfin, je cite de mémoire, mais ce n?est pas loin. Peinard, François Filon, et malin. Ce sont les autres qui bossent. Lui, il attend. Et vous savez quoi? Lui, le dimanche, il se repose. Les autres jours aussi.
Quand Marianne dénonce la "dette vertigineuse" et les "déficits abyssaux" 06/07
par Jean-Michel Aphatie le 06/07/2009 à 10h08
Incroyable! Inouï! L?avez-vous vu? L?avez-vous lu?
Comment? Vous ne savez pas de quoi je parle? Mais de l?évènement politico-médiatique de la semaine, voire de la quinzaine, si ce n?est du mois, et même selon certains de l?année...
Voilà donc pour vous, la couverture du magazine Marianne en vente cette semaine dans les kiosques, l?hebdo anti pensée unique, le seul organe de presse résistant encore ouvertement à la dictature du Maître
Avouez que ça en jette, et si vous avez du mal à lire le texte imprimé sur cette Une, le voici:
« Dette vertigineuse, déficits publics abyssaux, chômage record 2009... La vérité sur l?état de la France. »
Cette Une est un événement car elle révèle un tournant idéologique dans la vie de l?hebdomadaire. Jusqu?ici, toute personne, tout journaliste, qui mettait l?accent sur la dette et les déficits était accusé, dans l?ordre ou dans le désordre:
1/ de ne rien connaître à la marche de l?économie
2/ de ne rien comprendre au fonctionnement des Etats qu?il ne faut surtout pas comparer à celui des ménages
3/ d?être de droite, parce que parler de la dette et des déficits, c?est de droite, et pas de gauche.
Ce troisième argument m?a toujours paru le plus saugrenu et le plus cocasse. Etre de gauche dispenserait-il de se soucier de l?état des finances publiques, donc des moyens disponibles pour mener l?action publique? C?est avoir une bien piètre idée de la gauche que de juger ces préoccupations là de droite.
Enfin brèfle, voilà donc que Marianne opère un virage sur l?aile, droite donc, et s?inquiète à son tour de la « dette vertigineuse » et des « déficits abyssaux ». Un seul mot: bienvenue au club camarades, y a du boulot.
Quand même, quelques questions. Pourquoi donc ce changement radical de ligne idéologique de l?hebdo anti-pensée unique? Et quelles conséquences ceci emporte-t-il pour le journal?
La lecture de Marianne apporte des réponses, et notamment le papier central, rédigé par Laurence Dequay et Hervé Nathan. Le choc, la prise de conscience des journalistes de l?hebdomadaire, est consécutive à la lecture du « rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques » présenté la semaine dernière par la Cour des comptes. Un rapport, il est vrai, d?avant apocalypse. « La situation inquiétante des finances publiques », lit-on en guise de titre de la première partie. « Une dégradation quasi générale pour toutes les catégories d?administration », voilà pour l?intitulé du second chapitre. « Déséquilibres massifs à l?horizon de 2012 », c?est le chapitre 4. « Les risques liés à une dérive incontrôlée de la dette », avertissement du chapitre 5. Une tonalité qui titille tout à coup la conscience des journalistes de Marianne, d?autant plus sensible à l?analyse de la Cour des comptes qu?elle se trouve présidée aujourd?hui par un certain Philippe Séguin. Voici ce qu?en écrivent, page 16, Laurence Dequay et Hervé Nathan:
« Philippe Séguin qui, en 1992, avait refusé le carcan budgétaire du traité de Maastricht, le pourfendeur du « Munich social » en 1993, n?a jamais été un militant de « l?équilibre absolu des finances publiques » et ne peut être confondu avec Jean-Claude Trichet, le très idéologue président de la Banque centrale européenne (BCE), ou feu Antoine Pinay, le ministre de l?Economie star sous la IV° République. Donc, si Séguin crie si fort, c?est qu?il y a un problème. »
En résumé, si Philippe Séguin l?écrit, c?est que c?est vrai. Il faut noter, sans esprit polémique, mais quand même un peu, l?enfantillage de l?argument. Jean-Claude Trichet répète depuis des années ce que Philippe Séguin et la Cour des comptes écrivent aujourd?hui. Hier, c?était insupportable. Aujourd?hui, c?est lumineux. Inutile de commenter. Mieux vaut rappeler.
C?est Jean-Pierre Chevènement qui utilisait naguère l?aimable expression de « gnomes de Francfort » pour désigner les membres de la BCE. Nicolas Sarkozy, lui, à l?automne 2006, préférait parler des « autistes » de Francfort. Les voilà donc rejoints, ces « gnomes » et ces « autistes », par Philippe Séguin, et donc par Marianne. Drôle de front contre la dette. Mais pour ce combat, c?est comme dans le cochon, tout est bon.
Au passage, ce rapport de la Cour des comptes, il faut le lire, complètement, entièrement, absolument. Il démontre, dans un jargon administratif qui exclut son classement dans la liste des best seller, que la France est de tous les pays européens, à l?exception de l?Italie sur certains critères, le pays qui est le plus en danger car ces déficits, pour une large part, tiennent aux structures et non à la crise, sont donc anciens et très difficiles à corriger. Leur accumulation pourrait même, écrivent les magistrats de la Cour des comptes à la page 99, dégrader à ce point la situation financière du pays, qu? « un risque pèserait sur la signature de l?Etat ».
C?est, à ma connaissance, la première fois qu?une institution jouissant d?une telle autorité formule ce type de pronostic, « un risque sur la signature de l?Etat ». Ceci n?est rien d?autre qu?une alerte sur la possibilité d?une banqueroute ou d?une crise monétaire extrêmement grave. Cette seule évocation devrait valoir débat. Des esprits courageux devraient élever la voix, à l?Assemblée nationale, pourquoi pas au gouvernement, pour demander des éclaircissement, des comptes, un peu de lucidité enfin. Or, rien ne vient, aucun débat, aucunes questions. Pour dire les choses simplement, le sentiment domine d?un « je m?en foutisme » général, même si dans la coulisse, plus d?un responsable doit être glacé de peur devant la dérive et la perte de contrôle des finances publiques. Celles ci enregistreront en 2009, et encore en 2010, des déficits records et colossaux de 150 milliards d?euros par an, soit 300 milliards d?euros en deux ans d?endettement supplémentaire. Du jamais vu depuis des décennies. Ajoutons ceci: selon le journal économique La Tribune de mardi dernier, l?Etat français a emprunté chaque jour, sur les marchés financiers, durant le premier trimestre de cette année, l?équivalent de un milliard d?euros. Des chiffres effrayants qui méritent autre chose que le silence.
C?est dans ce contexte qu?il faut apprécier la perspective d?un emprunt censé financer « les dépenses d?avenir ». Cet emprunt est une idée dangereuse, vendue avec habileté, qui permet au gouvernement de laisser croire qu?il prépare l?avenir alors même qu?il s?avère incapable de financer le présent. Il faut lire, là encore, le rapport de la Cour des comptes qui, page 13, souligne, dans son jargon, cette vérité effrayante: « En France, le financement des charges d?intérêts de la dette publique, et même au delà, est entièrement assuré par un endettement supplémentaire. » Autrement dit, le niveau de la dette est tel que nous empruntons pour payer les intérêts d?emprunts précédents. Autrement dit, continuer à augmenter le niveau des emprunts peut se révéler une des plus mauvaises décisions politiques prises dans l?histoire de ce grand et vieux pays par ses dirigeants.
Il n?est pas inutile d?avoir ces idées en tête pour apprécier à sa juste valeur le papier publié en page 19 de Marianne, cette semaine, sous la signature de Laurent Neumann, le directeur de la rédaction. Son titre: « Grand emprunt Sarkozy: oui, mais pas à n?importe quelles conditions. » L?argument principal de l?auteur de l?article est exposé en une phrase: « Au fond, quand il y aune guerre ou une catastrophe nationale, il est logique de faire appel à l?effort national. »
Cette fausse logique semble indiquer que le directeur de la rédaction de l?hebdomadaire a mal lu, ou peut-être pas lu, le rapport de la Cour des comptes qui a pourtant motivé le changement de ligne de son journal. S?il l?avait lu, en effet, il ne conclurait pas à la pertinence de l?emprunt. De l?art d?ignorer page 19 ce qui est écrit page 16.Du coup, Laurent Neumann expose en toute bonne foi les conditions nécessaires, selon lui, pour que Marianne apporte son soutien à cet emprunt.
Premier impératif: son montant
« Si cet emprunt doit être limité en valeur, écrit-il, c?est (...) non, car il aura le même impact que le premier plan de relance, c?est-à-dire quasiment nul. A 70, 80 ou 100 milliards d?euros, il a un sens. »
Un emprunt de 100 milliards d?euros? Pourquoi pas 200? 300? Il est très net que depuis le début de la crise, en septembre dernier, nous avons tous perdus le sens de la mesure et de la réalité, celui du possible et du juste. Rajouter 100 milliards d?euros de dettes d?un coup, alors même que le déficit budgétaire pour 2009 et 2010 sera d?au moins 300 milliards d?euros, pourrait provoquer une crise de confiance de la part des prêteurs sur les marchés financiers. Celle ci pourrait se traduire, au mieux, par un relèvement du taux d?emprunt, ce qui nous asphyxierait, au pire par un refus de couverture de certaines demandes du Trésor, ce qui pourrait nous précipiter dans une crise financière d?une extrême gravité. On mesure dès lors que poser comme condition du soutien à l?emprunt un montant aussi vertigineux que ces 100 milliards d?euros témoigne d?une connaissance très imparfaite de la maladie des finances publiques françaises.
Il est une autre condition, posée par Marianne, pour soutenir ce mirobolant emprunt: qu?il soit « justement réparti » pour ne pas se « transformer en un cadeau supplémentaire aux rentiers ». Et donc, pour atteindre ce but, qu?il soit « obligatoire ».
Alors là, tout fout le camp. Naguère, Marianne défendait le droit de dire « oui » ou « non », par exemple, pour le parler de faits récents, lors du référendum sur le traité conditionnel. Que n?a-t-on pas lu dans les pages de l?hebdo sur le « conformisme des élites », soit disant toutes pour le « oui », incapables d?écouter le peuple, et imprégnées de si peu d?esprit démocratique qu?une seule réponse paraissait envisageable et admissible. C?est sur ce thème que Jean-François Kahn a commis ses plus belles envolées, c?est sur ces positions que l?hebdomadaire a bâti son identité.
Survient l?emprunt, et nous en sommes tout d?un coup au caporalisme, à la mobilisation nationale, Verdun, l?appel de Londres, la patrie en danger. Tu n?as plus le choix citoyen, aboule fric, allonge l?artiche, et vive la France!
Il a déjà été dit ici que le caractère obligatoire de l?emprunt s?apparenterait à du racket. Si le gouvernement décrète l?urgence nationale et le péril républicain, alors qu?il impose les citoyens, qu?il passe par l?impôt, que la mobilisation relève de l?exercice de la souveraineté. Mais l?emprunt, lui, ne peut relever que du libre consentement. Dans son mécanisme même, il reflète la confiance, voire parfois la croyance. Le geste ne peut pas être contraint, ni la décision forcée. On ne dit pas: « Prêtez-nous, c?est un ordre ». On dit: « Prêtez-nous, s?il vous plaît. »
Que l?hebdomadaire Marianne, au regard de son histoire intellectuelle, et au vu des innombrables leçons qu?il dispense depuis des années au journalisme français perdu selon lui dans le service des puissants, ait pu ainsi rompre avec ces principes élémentaires, en dit long sur l?affolement que produit la situaiton dans les esprits.
En résumé et en conclusion, ceci pour l?hebdomadaire: bravo pour le chemin parcours et le virage pris dans la lutte contre les déficits; mais n?en faites pas trop non plus car le zèle des convertis détourne davantage du but qu?il n?en rapproche.
Le futur emprunt, obligatoire ou pas? 03/07
par Jean-Michel Aphatie le 03/07/2009 à 10h26
Fin de semaine. Ce week-end, départ en vacances. J?espère que vous en êtes. Moi, c?est la semaine prochaine. Et puis on se retrouvera le 24 août à l?antenne, le matin sur RTL, à 7h50, et puis le dimanche aussi, et puis le soir aussi, au Grand Journal. Le cumul, quoi. Sans oublier, j?allais oublier le blog, tous les matins, depuis bientôt cinq ans.
L?année se termine. Au vrai, elle se termine en beauté. Par exemple, on apprend par des indiscrétions indiscrètes que le débat se poursuit au sein du gouvernement, parmi les députés, à propos de l?emprunt. Obligatoire ou pas? Que l?on pose la question, qu?on se la pose, me paraît déjà extravagant. Que l?impôt soit obligatoire, ça, on le comprend, on l?admet, on le paye. L?impôt, c?est ce qui matérialise la qualité de citoyen. Chacun, ainsi, participe à l?oeuvre commune et témoigne de sa solidarité. Mais l?emprunt, c?est autre chose. Je prête mon argent si je veux. Et si je ne veux pas, je ne le prête pas. Il y a quand même un minimum de liberté, non?
Imaginons une obligation. Y aurait-il donc des sanctions? En effet, lors de la souscription, il faudrait prévoir des sanctions si d?aventure un contribuable refusait de prêter son pognon et son oseille. De la prison? Une amende? Les deux à la fois? Parce qu?on ne veut pas prêter son argent à un Etat glouton qui est en déficit depuis trente ans et qui n?a plus assez avec les impôts, taxes et contributions diverses pour financer ce qui doit l?être? Et puis, si l?on force à prêter, comment ensuite faire de ce grand emprunt « patriotique » une marque de confiance, un plébiscite? Non, l?emprunt doit être librement consenti par chacun de ceux qui y souscrivent, sinon, c?est du racket.
Ce débat, en réalité, dissimule autre chose. La perte des repères et des principes, occultés par l?angoisse que procure la situation financière de l?Etat à ceux qui la connaissent de l?intérieur. Les contraintes engendrées par la multiplication et la profondeur des déficits sont tellement importantes que les gestionnaires des fiances publiques agissent et réagissent comme des personnes aux abois, ou prises a piège, ce qui est au fond la même chose. Ce débat sur l?obligation est un indice, et nous avons tort de négliger les indices. Comme toujours, nous avons tous sous les yeux. Et comme souvent, nous sommes aveugles.
Dans le Nouvel Observateur, Nicolas Sarkozy juge sa fonction "inhumaine" 02/07
par Jean-Michel Aphatie le 02/07/2009 à 9h08
Nicolas Sarkozy dans le Nouvel Observateur. Thème général: « J?ai changé ». Vieille baderne de la politique et du journalisme politique. Le chef change, il mute sous l?épreuve. Le nombre de fois où on nous a fait le coup avec Jacques Chirac... Impossible à dénombrer tellement il a « changé », Jacques Chirac. Et Nicolas Sarkozy n?est pas le dernier à tirer sur la ficelle. Au lancement de sa campagne présidentielle, il avait eu cette phrase: « J?ai changé ». Eh bien, il vient de rechanger, c?est le Nouvel Obs? qui nous l?apprends.
La soirée du Fouquet?s? « J?ai eu tort ». Le bling-bling? C?est fini. Commentaires en boucle. Analyse. Décryptage. L?important, le plus important est pourtant ailleurs, dans cette phrase étrange et glaçante, énigmatique, peu rassurante. « Il faut un temps, explique le chef de l?Etat, pour entrer dans une fonction comme celle que j?occupe, pour comprendre comment cela marche, pour se hisser à la hauteur d?une charge qui est, croyez-moi, proprement inhumaine. »

Je ne saurai personnellement citer un autre chef de l?Etat qui qualifie ainsi sa fonction d? « inhumaine ». A quoi exactement pense Nicolas Sarkozy quand il prononce cette phrase devant les responsables du Nouvel Observateur? Nous ne le savons pas. Mais son « croyez moi » inclut dans la phrase signale bien que des émotions particulières, des faits précis, peut-être des souvenirs douloureux, légitiment dans son esprit l?emploi de cet étonnant adjectif.
Faute de mode d?emploi, demeure le décryptage, l?analyse, la pensée extérieure appliquée à une réalité inconnue. Autant dire la marche à tâtons dans un tunnel sombre. Risquons-nous tout de même, par intérêt intellectuel, et aussi par souci de comprendre le mécanisme de pensée de celui qui s?est hissé au faite de l?édifice démocratique.
Qualifier ainsi son travail, « inhumain », signale d?abord la difficulté éprouvée, la douleur ressentie. première alerte. Nicolas Sarkozy cherche-t-il par là à dire qu?il ne se sent pas toujours à la hauteur de sa fonction? Qu?il éprouve parfois ce sentiment vertigineux, dont il ne peut évidemment s?ouvrir à personne, et dont il laisse seulement entrevoir la possibilité, d?être dépassé par les événements, vieille formule du langage populaire qui trouverait là une application littérale?
« Inhumain ». Si le mot vient à l?esprit, c?est que cet esprit là n?est ni serein, ni apaisé, ni épanoui. On ne peut pas aimer une fonction que l?on dépeint ainsi. On peut pas y trouver, au moment du bilan, ou bien quand on passe en revue la totalité de l?activité, du plaisir et du bonheur. Pour la première fois peut-être, un président de la République en exercice en France dit publiquement, au détour d?une phrase noyée dans une interview noyante, qu?il n?est pas heureux. On en connaît qui s?ennuient dans leur travail. On en connaît d?autres qui ne l?aiment pas. Faut-il ranger Nicolas Sarkozy dans cette dernière catégorie?
L?aveu est assurément important. Nous aurions tort de le négliger. Il inquiète pour le présent. L?homme a-t-il au fond de lui, dans la sincérité de sa réflexion, la ressource mentale et psychologique suffisante pour assumer la « charge » qui est la sienne? L?aveu, toujours, interroge pour le futur. Un homme qui décrit ainsi sa fonction peut-il solliciter le renouvellement de son mandat? Est-ce souhaitable pour lui? Est-ce souhaitable pour nous?












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