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Jean-Michel Aphatie

France

Politique Journaliste Jean-michel Aphatie Rtl

Le journaliste politique Jean-Michel Aphatie nous livre sa vision des derniers évènements socio-politiques.

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Pronostic: Aubry, surprise toujours possible 21/11

par Jean-Michel Aphatie le 21/11/2008 à 10h14


C?est autour de 21 heures, hier soir, que j?ai appris indirectement que Ségolène Royal n?honorerait pas son engagement d?être l?invitée de RTL, ce matin, à 7h50. Cet engagement, elle l?avait pris mercredi soir. Selon son programme, elle avait même prévue d?être physiquement présente dans les locaux de RTL ce vendredi matin. Un train officiellement manqué l?aurait empêché d?être à Paris. Nous étions, bien sûr, disposé à réaliser cet entretien au téléphone. Ségolène Royal ne l?a pas voulu. Cette rupture de l?engagement pris contrevient aux règles du professionnalisme qui doit, seul, régir les relations entre des responsables publics et un média, RTL en l?occurrence.

Sollicité à une heure tardive, Vincent Peillon, député européen, soutien de Ségolène Royal, a accepté d?être l?invité de RTL ce matin. Nous l?en avons remercié.

Comment analyser le scrutin d?hier soir? Pour point de départ, il est utile de s?intéresser au niveau de participation des électeurs concernés. 232.000 personnes sont inscrites au parti socialiste. Selon les indications données par les responsables de la centralisation des résultats, rue Solférino, siège du PS, 60% d?entre eux auraient voté hier soir. Ce qui correspond à environ 140.000 électeurs. C?est à peine plus que lors du vote des motions, le 6 novembre dernier, où 130.000 militants du PS s?étaient déplacés jusqu?aux urnes.

Il faut noter d?abord le faible niveau de participation. Des militants sont, de fait, des citoyens plus concernés que les autres. Qu?ils soient aussi peu à se déplacer les jours d?élection à l?intérieur même de leur parti, dit la gravité et la profondeur du malaise de cette organisation. On pouvait imaginer que l?aspect rébarbatif des textes d?orientation politique avaient découragé leurs lecteurs d?accomplir l?acte civique que l?on attendait d?eux. Ce raisonnement suggérait en revanche qu?ils se mobiliseraient de manière plus significative pour des votes visant à désigner leur futur leader. Or, au vu des chiffres, cette mobilisation ne s?est pas produite.


Ce constat, surprenant et qui devrait inquiéter les dirigeants socialistes, pénalise la candidature de Ségolène Royal. Seule contre tous, bénéficiant des effets pervers du front constitué par ses adversaires, forte du message de rénovation du PS qu?exprime son ambition de diriger le parti socialiste, elle a certes amélioré substantiellement son capital de voix par rapport à celui obtenu lors du vote des motions. De 29% des suffrages, elle est passé à 43%, ce qui est en soi une performance remarquable.

Toujours dans ce schéma, Martien Aubry aussi a augmenté son score. De 25% sur son texte politique, elle est passé à 34% hier soir. Sur le papier, c?est peu, puisqu?elle bénéficiait théoriquement du renfort de Bertrand Delanoë, 25% des voix le 6 novembre dernier. La maire de Lille ne doit donc pas pavoiser. Cependant, elle enregistre pour ce soir le renfort du troisième candidat, Benoit Hamon, qui a réuni hier 22% des électeurs.

Ainsi, Martine Aubry possède, sur le papier, un capital de voix socialistes de 56%. Plusieurs facteurs, tels qu?une participation à nouveau en hausse et un report partiel des voix de Benoit Hamon,  peuvent suggérer que Martine Aubry ne retrouvera pas ce capital dans les urnes ce soir. Il y aura très certainement de la perdition.

Cependant, 6% de marge représente un capital important et il serait très étonnant, après des semaines et des semaines de débat, qu?il se trouve totalement dilapidé à la sortie des urnes. Sans doute le résultat final sera-t-il serré, voire très serré. Mais à quelques heures de l?ultime opération de cet interminable congrès du parti socialiste, Martine Aubry apparaît favorite et devrait, sauf coup de théâtre, succéder à François Hollande.

La vie étant ce qu?elle est, nul n'exclura pas le coup de théâtre en question. Et puis, du point de vue du journaliste, il serait assez excitant. Mais enfin, s?il fallait parier un euro sur la victoire de l?une ou de l?autre, je le ferai plutôt sur la candidature de Martine Aubry.

J?écris ceci par goût de l?analyse, et avec sincérité. Il faudrait un esprit vulgaire et peu éclairé pour faire un lien entre le point d?aboutissement de l?analyse et le rendez-vous manqué dans les conditions relatées au début de ce billet. De tels esprits, je le sais, ne se manifestent jamais dans l?espace de commentaires de ce blog et il n?y a pas de raison pour que cela change.

Bon week-end, à lundi


Les chiffres du matin 20/11

par Jean-Michel Aphatie le 20/11/2008 à 10h52


Le chiffre m?a surpris en ce matin de grève dans l?Education nationale. C?est Xavier Darcos, invité de RTL, à 7h50, qui l?a donné. « Savez-vous combien de grève se sont produites dans l?Education nationale depuis le début du siècle? » Au passage, c?est drôle comme expression, « début de siècle », ça marque les esprits et à mon avis, elle est prononcée pour cela. Malin, non? Bon, combien de grèves dans le siècle? Non, je ne sais pas. « 33 », a-t-il dit, et c?est vrai que le chiffre marque aussi les esprits.

Essayons de regarder ce chiffre qui ne dit rien et qui dit peut-être beaucoup depuis les deux rives du débat public. « 33 », dites « 33 », exprime-t-il une maladie propre à l?institution scolaire française, une culture de la grève, a assuré ce matin le ministre sur RTL, ce qui doit être entendu comme un goût masochiste de la grogne et de la revendication, comme une inaptitude à comprendre le monde et ses évolutions, comme une irresponsabilité sociale contre laquelle la politique, finalement, ne peut rien, ou si peu.

« 33 » grèves depuis le début du siècle peut signifier autre chose. Le malaise, l?insatisfaction, c?est à dire la déception de faire un métier choisi, voulu, aimé, dans de mauvaises conditions. « 33 » peut aussi être, mais ceci est plus rarement exprimé, un rapport angoissant au gigantisme. Comment être heureux dans une structure immense de 800.000 enseignants? Comment faire valoir son individualité, ses singularités? Comment supporter l?uniformité qu?engendre fatalement, inévitablement, la taille même de l?institution? « 33 » n?est-il pas le chiffre qui exprime le mieux la morosité d?une communauté intelligente et à sa façon idéaliste, contrariée par tant et tant de contraintes, celles qui relève de la finance et de la mauvaise santé des finances publiques, vous savez, les déficits, n?étant pas la plus anecdotique?

« 33 » est un chiffre fort, et fort inquiétant. On pourrait imaginer un colloque sur le titre, ou un symposium, ou quelque chose qui dirait que des gens intelligents se sont réunis, autour de ce chiffre. Que veut-il dire? Que peut-on faire? Pourquoi « 33 » et pas « 34 »? Ah d?ailleurs, suis je bête, ce soir, ce seront bien « 34 » grèves qui se seront produites dans l?Education nationale depuis le début du siècle, « 34 » et non plus « 33 », comme le temps passe. Alors lui, organisons un symposium autour du chiffre « 34 », organisons-le car à mon avis, humble avis of course, c?est bien la seule chose que l?on puisse faire pour évoquer les problèmes de l?Education nationale en France un symposium, un beau mot inventé par je ne sais qui, pour décrire je ne sais pas exactement quoi, ce qui me paraît parfaitement adapté à la situation.

Reprendrez-vous un chiffre ce matin? Oui, il vous reste encore un peu de place? Alors ce sera « 2700 ». Il est tombé après celui du ministre, juste après. Il correspond au nombre de postes qui seront supprimés dans les prochains mois au sein du groupe PSA (Peugeot-Citroën). Il faut le relativiser par l?effectif total, 200.000, mais il faut l?apprécier à la tonalité du commetaire qui l?accompagne. Le constructeur automobile justifie cette suppression de 2700 postes par « la réduction violente des ventes » de ses voitures. L?adjectif, la « pute » du langage », disait je ne sais plus quel écrivain, l?adjectif donc saute aux yeux, à la gorge, partout. « Violente », voilà bien le mot de ce jour, parce qu?il exprime la nature de la crise que traverse actuellement l?économie réelle.

Des chiffres, des chiffres, encore des chiffres. Médiamétrie en livre une brassée ce matin, qui disent l?écoute des radios par les Français. Europe 1 progresse. C?est une bonne nouvelle. Mieux vaut des concurrents en forme que moribonds, c?est bon pour tout le monde. RTL, qui connaît un léger fléchissement, demeure la première radio de France. Cela nous honore, nous oblige et nous fait plaisir. Depuis la rentrée, nous travaillons tous avec sérieux et application, rue Bayard.

RTL, où j?effectue actuellement ma sixième saison, est une belle entreprise. Il y a ici une volonté de bien faire son travail, sérieusement, avec application, la volonté de rechercher toujours ce qui pourrait nous rapprocher de l?excellence. Cet état d?esprit  est celui d?un professionnalisme qui est demandé à chacun, dans le respect de tous, et dans un climat serein. Pour ce qui concerne l?information, le travail réalisé tous les jours par des journalistes, des assistants et des techniciens dévoués à la radio est impressionnant. Il existe dans ces murs une culture journalistique qui est sans conteste l?une des plus grandes forces de RTL. Elle dépasse les hommes qui la serve et elle les pousse à donner le meilleur d?eux mêmes.


J?ai la charge, tous les matins de la semaine, de recevoir et d?interroger « L?invité de RTL ». Je fais ce travail avec la conscience d?engager et de représenter une collectivité. Je suis sensible à la confiance qui m?est faite, par ceux qui dirigent l?entreprise et par ceux qui écoutent l?antenne, et j?essaie, tous les jours, sans y parvenir de la même façon chaque matin, d?être à la hauteur de cette situation. C?est une belle notion que la confiance, et c?est un bel objectif de chercher à l?entretenir.


Les "Infiltrés" et le "chaos" 19/11

par Jean-Michel Aphatie le 19/11/2008 à 10h54


Commençons ce matin par les choses importantes.

Notez, sur votre agenda, ce rendez-vous télévisé que vous ne pouvez pas manquer. A 22h50, sur France 2, sera diffusée un nouveau numéro des « Infiltrés ». Le principe de cette émission est connu. Le journaliste cache sa caméra, se fait passer pour quelqu?un qu?il n?est pas, diffuse publiquement des propos tenus dans un cadre privé sans en prévenir l?auteur. A première vue, tout ceci ressemble à de l?espionnage, et apparaît assez nauséabond puisque assis sur le mensonge et la dissimulation.

Eh bien non, si vous pensez cela c?est que vous n?avez rien compris, et si vous le critiquez c?est parce qu?au choix, vous avez la grosse tête ou bien vous recherchez la publicité. Car voyez vous, selon les journalistes spécialisés dans les médias qui n?aiment pas beaucoup que d?autres viennent fouinasser sur leurs terres, cette « infiltration » relève bien d?une pratique journalistique. La preuve? Ou plutôt les preuves?

D?abord, Albert Londres l?a fait dans les années vingt. Alors, camembert. Puisqu?Albert l?a fait, stop la critique, fini le débat. Personnellement, l?argument m?écroule de rire. Mais bon, je dois être de parti pris. Mais cette façon de toujours nous rappeler Albert pour signifier que la discussion est close ne témoigne pas précisément d?une richesse luxuriante de la pensée. Le deuxième argument est encore plus écrasant. Saisie dans des circonstances que je vous épargne, la justice française, rien que ça, a expliqué que cacher la caméra, taire sa fonction, rendre publics des propos privés, l?ensemble participait de la « légitime information du public ».

Après ça, tirons le rideau, et regardons ces « Infiltrés », dont bientôt les techniques au service de la vérité seront enseignées dans les écoles du journalisme. Leçon un: comment cacher son appareil. Leçon deux: comment s?inventer un personnage. Leçon trois: comment faire parler un coupable. Leçon quatre: comment défendre l?idée que l?établissement de la vérité passe par le mensonge et le souci de la transparence par la dissimulation. Leçon cinq: rudiments de schizophrénie. Leçon six: lire et relire John Le Carré, spécialement « L?espion qui venait du froid », car toute la base des « Infiltrés » s?y trouvent largement et talentueusement développée.

France 2, ce soir, 22h50, et je le précise, la pub est gratuite.

Sinon, en vrac, des choses moins importantes.

Aux États-Unis et en Europe, l?industrie automobile est en train de dévisser spectaculairement. Les ventes s?effondrent, les stocks enflent, les trésoreries s?assèchent. Après les banques, c?est l?autre grand secteur du système économique mondial que les pouvoirs publics vont être contraints de soutenir financièrement. Avec quel argent? Question idiote. En empruntant, bien sûr, et rapidement parce que sinon, les faillites seront retentissantes.

L?impression est encore diffuse, mais l?idée s?installe de la mise en place d?un chaos inédit dans l?histoire de l?humanité. Pièce après pièce, c?est tout un système qui est en train de chanceler. Les  États colmatent des brèches, mais en faisant cela, qui doit être fait, ils ne font que retarder l?échéance.

J?exagère? Hier, la presse économique et quelques titres généralistes, Libération par exemple, page 18, donnaient un écho trop faible à « L?appel au secours des industriels ». Il s?agit de 47 industriels européens, parmi lesquels Nokia, Saint-Gobain, Renault, qui ressentent « un besoin urgent de nouvelles actions politiques » face à une crise qu?ils jugent « extrêmement dangereuse ». Cet appel singulier, sans précédent connu, en tout cas de moi, repose sur la perception de la situation qu?ont ces professionnels de l?économie réelle. Le ralentissement de l?activité est si soudain et si brutal que les plus grandes entreprises, c?est-à-dire le socle même de nos sociétés marchandes, vivent sous la menace d?une désintégration de l?espace dans lequel elles vivent.

La nature humaine a ce côté heureux qu?elle ne perçoit pas le drame qui rôde. D?où la surprise, souvent, lorsque survient la catastrophe. dans cette affaire de récession économique, on peut constater que les clignotants s?allument correctement pour nous prévenir que le mur se rapproche, mais nous continuons cependant à foncer vers le mur à bonne vitesse.

Encore deux jours et nous connaîtrons le nom du futur premier secrétaire du parti socialiste. Ceci ne changera en rien le sort du monde, ni celui du journalisme moderne. Je vous redis ma perception des choses, fabriquée non pas au prix d?une « infiltration » téméraire dont je serai bien incapable, mais le cul vissé sur ma chaise, paperassier à l?ancienne, bouffé par la modernité et confit selon certain d?un orgueil qui me fait gonfler le citron: avantage Royal, encore ce matin, parce que sa faiblesse mathématique, réelle depuis le ralliement de Bertrand Delanoë à Martine Aubry, semble largement compenser par la volonté et la détermination de l?ancienne candidate à la présidence de la République.

Ce ne sont, comme cela, que des impressions car nul ne connaît le comportement de ce corps électoral inédit que forme le vivier des militants socialistes de cette fin 2008. Mais telle est l?intimité que forge un fil du temps cet espace particulier sur lequel nous nous retrouvons tous les jours: si je ne peux pas vous confier à vous  mes impressions, à qui donc pourrais-je le faire?


Avantage Royal 18/11

par Jean-Michel Aphatie le 18/11/2008 à 10h12


Les hommes changent.

Dimanche, Bertrand Delanoë, maire de Paris, assurait ne pas vouloir se mêler de l?élection du futur premier secrétaire du parti socialiste. Il avait ses raisons. Il estimait que sa motion étant arrivé en seconde position, devant celle de Martine Aubry, il était normal qu?un candidat représentant ses idées soit présent dans la compétition, et qu?il soit soutenu par la maire de Lille et ses amis, puisque sur le fond du discours politique, ils étaient d?accord en tout.

Martine Aubry, elle, ne voulait pas entendre parler de cette combinaison. C?est ainsi, et pour cette seule raison, qu?aucun accord n?a pu être trouvé, à Reims, entre les dirigeants socialistes. C?est pourquoi, désabusé, le maire de Paris a déclaré vouloir se tenir à l?écart de la désignation du futur premier secrétaire de son parti.

Lundi, changement radical. Tout bien réfléchi, Bertrand Delanoë fait savoir qu?il soutiendra Martine Aubry. Notez bien que s?il avait fait ce choix vingt-quatre heures avant, le parti socialiste serait sorti de son congrès avec une majorité et une direction. Vertigineux, tout de même, d?avoir tout laissé partir en quenouille pour finalement faire le lundi ce que l?on se refusait à faire le dimanche. Drôle de sens des responsabilités, non?

Et pourquoi ce revirement? Quelle raison nouvelle, ou pressante, ou nouvelle et pressante, a pu justifier ce changement de pied? Réponse de Bertrand Delanoë dans une lettre rendue publique hier: l?élection de Ségolène Royal menacerait « l?identité même du parti socialiste ».

Clarifions l?abstrait et désossons l?horrible langue de bois. Aujourd?hui, selon ce raisonnement, le parti socialiste serait un parti de militants. Demain, « royalisé », il deviendrait un parti de supporters. Aujourd?hui, le parti socialiste serait dans une tradition européene bien ancrée. Demain, il serait un ersatz de « parti américain ». C?est dire si le péril est grave. C?est dire si la situation justifie un revirement.

On objectera ici deux ou trois choses. La première, c?est que cette réalité du lundi, si elle est vraie, était perceptible le dimanche. Personne ne peut sérieusement dire qu?il en a eu la révélation en une nuit. D?autre part, je me souviens, parce que j?y étais, le privilège de l?expérience, cet argumentaire là, parti à l?américaine, de supporters, et tutti quanti, c?est exactement ce que les jospinistes à Rennes, en 1990, balançaient à leurs ennemis fabiusiens, lesquels s?étranglaient d?indignation, oublieux qu?ils sont de leur propre histoire puisqu?ils reproduisent aujourd?hui à l?encontre de Ségolène Royal, le procès en sorcellerie qu?on leur faisait hier.

La vérité est plus prosaïque. C?est bien un barrage qui se dresse non pas contre la conception que Ségolène Royal se fait du socialisme et du parti socialiste, mais contre sa personnalité, sa manière d?être et de faire de la politique. C?est un combat personnel qui est engagé, dont le revirement de Bertrand Delanoë est la plus spectaculaire expression. Pas mal, pour un parti qui nous serine depuis des mois que c?est le débat d?idées qui compte, et rien que le débat d?idées.

De ceci, me semble-t-il, personne n?est vraiment dupe et du coup, cette perception peut fausser l?issue du scrutin interne au parti socialiste. Sur le papier, le ralliement de Bertrand Delanoë assure une avance indéniable à Martine Aubry. Mais les conditions dans lesquelles cela se réalise sont tellement grossières que la victimisation peut mobiliser des grappes de militants socialistes, jusque là abstentionnistes ou hésitants, en faveur de Ségolène Royal.

Si tout ceci était un jeu, je miserai bien une modeste somme sur l?ex candidate à l?élection présidentielle qui pourrait, jeudi soir, conclure le premier tour de scrutin dans une position plus favorable qu?on ne le croit. Mais la politique n?est pas un jeu. Elle est, pour les meilleures choses parfois et les plus mauvaises souvent, la représentation d?une société, de ses valeurs proclamées et de ses réflexes inavouées, psychanalyse collective à ciel ouvert qui fait que ses responsables politiques que l?on dit volontiers coupés de la population l?exprime beaucoup plus fidèlement qu?on ne le croit généralement.

Le match des responsables socialistes arrive à son terme. Ce matin, la conclusion provisoire est celle ci: avantage Royal.


Le mal profond du socialisme français 17/11

par Jean-Michel Aphatie le 17/11/2008 à 10h13


Le parti socialiste a donc complètement manqué son congrès. Pas de ligne politique, pas de direction à l?issue de trois jours de réunion, à Reims. A la fin de la semaine, en revanche, le parti socialiste aura bien un premier secrétaire. Le suffrage universel des militants socialistes désignera la personnalité qui succédera à François Hollande, Ségolène Royal, Martine Aubry ou Benoît Hamon. Certains présentent cela comme une session de rattrapage, le moment où le parti socialiste sortira de ses difficultés puisqu?enfin, il se donnera un leader.

Étonnant raisonnement. On ne peut pas oublier que les socialistes eux mêmes ont, pendant des mois, et depuis des années, mis l?accent sur la nécessaire prééminence, selon eux, des idées sur les responsables, du projet sur le chef. Et les voilà soudain, à la fin d?un marathon étalé sur plusieurs mois, obligés de s?en remettre au facteur humain pour les sortir de l?immense désarroi dans lequel ils se trouvent aujourd?hui.

Car le problème des socialistes, c?est le socialisme, c?est à dire l?identité politique de ce mouvement qui s?oppose à la politique mise en oeuvre par l?actuelle majorité. Des mois de débats, des milliers de pages noircies sous formes de contributions et de motions, se proposaient d?analyser le monde, la France dans le monde, de repérer les problèmes de la planète, de l?occident, de l?Europe et de la Nation, et de formuler des réponses à tous ces problèmes identifiés, des réponses articulés censées déboucher sur un projet.

Ce travail, les socialistes français l?ont accompli avec un patrimoine humain considérable. Des experts aident ce parti qui sait ce que gouverner veut dire. D?anciens ministres, ou responsables gouvernementaux, très souvent frottés à l?expérience du pouvoir, soit par l?exercice de mandats locaux, soit par un travail passé dans des cabinets ministériels, se sont chargés de mettre l?ensemble en forme. A l?évidence, une matière grise considérable a été mise à contribution, depuis plus d?une année, pour permettre au parti socialiste de dire enfin aux Français ce qu?il était, ou ce qu?il était devenu. Et cette démarche là devait trouver son point d?aboutissement dans un congrès présenté depuis le début comme un moment idéologique censé redonner une identité idéologique au socialisme hexagonal.

Que reste-t-il de cette ambition, une fois le congrès de Reims passé? Durant tout ce temps, une idée, une approche, une méthode, un raisonnement, se sont-ils imposés comme révélateurs de la modernité de cette famille de pensée? Qu?avons-nous retenu de ce qui a été présenté comme un vaste travail intellectuel? Quelle proposition serions-nous capable, chacun, de citer spontanément, si quelqu?un nous demandait ce qui a été dit de marquant et de fort durant toute cette période?

C?est bien là que se situe l?échec tragique pour elle, et sans doute durable, de cette part de la gauche française. Ailleurs dans la galaxie, d?autres responsables ont les idées plus claires. On peut les juger justes ou fausses, ce n?est pas ici le propos, mais Olivier Besancenot et les siens sont capables de proposer et de contester. A l?autre bout de l?échiquier oppositionnel, François Bayrou donne aussi le sentiment d?avoir des choses à dire et à faire partager.

Un fait, cruel, résume la pensée arrêtée des socialistes. C?était il y a quelques jours, à l?Assemblée nationale. Le gouvernement présentait son plan de sauvetage des banques. On pouvait le juger bon ou mauvais, efficace ou fantaisiste, mais les socialistes, que le prétendu débat d?idées auraient dû affûter se sont tout bonnement abstenus, incapables de dire s?il trouvaient cela bien ou mal, et habillant cette inexistence de considérations tactiques qui n?étaient que le masque de leur profond échec intellectuel.

Voilà bien la faillite de cette famille de pensée, spectaculairement mis en scène dans le congrès de Reims. Peut-être l?épilogue  à venir rachètera-t-il l?épisode passé. Il est même possible que le semblant d?autorité retrouvé camoufle un temps les faiblesses. Néanmoins, la réalité demeurera. Le parti socialiste ne parvient plus à définir son identité politique. Le mal, d?ailleurs, est ancien. Lionel Jospin, pour sa campagne présidentielle de 2002, avait failli à la tâche. Lors de sa tentative en 2007, Ségolène Royal avait échoué pareillement, indiquant après coup qu?elle ne croyait pas elle même aux deux mesures phares de sa campagne, l?augmentation du SMIC et la généralisation des 35 heures.

Mêmes causes, mêmes effets: tant que cette famille politique ne sera pas capable de dire simplement et de manière crédible, qui elle est et ce qu?elle veut, aucune perspective de pouvoir national ne s?offrira rationnellement à elle.


"Les Infiltrés", une émission qui honore le journalisme 14/11

par Jean-Michel Aphatie le 14/11/2008 à 10h34


Christine Lagarde, ministre de l?Economie, était l?invitée de RTL, ce matin, à 7h50. Elle a annoncé le chiffre de la production industrielle française au troisième trimestre, indicateur important pour mesurer la croissance ou la récession d?une économie. Tout le monde s?attendait à un chiffre négatif, comme au deuxième trimestre (- 0,3%). Surprise: il est positif: + 0,14%.

Certes, un chiffre ne fabrique aucun printemps. La réalité que décrit celui ci demeure inquiétante. Comme les autres économies occidentales, l?économie française se trouve en extrême situation de fragilité. Le plus dur de la crise demeure devant nous, nous le savons tous. Malgré tout, ce chiffre de faible croissance au troisième trimestre représente une petite bouffée d?oxygène dans un environnement obscur et inquiétant. Savourons-là, au moins aujourd?hui.

Pourquoi cette faible croissance en France alors qu?à la même période, en Allemagne comme en Espagne, la croissance était négative? Au micro de RTL, Christine Lagarde a évoqué l?efficacité des réglages politiques effectués par le gouvernement, loi TEPA et compagnie. L?affirmation peut, doit et sera discutée. Au demeurant, la marge d?erreur statistique est faible, quand on parvient au chiffre de 0,14% d?augmentation de la croissance. L?établir à ? 0,1% doit tenir à statistiquement rien. Et nous verrons sans doute, hélas d?ailleurs, que le quatrième trimestre, tout entier  plongé dans une psychologie de crise, sera moins riant que le quatrième. Bref, tout peut être dit pour mettre ce chiffre à distance. Il n?en reste pas moins que ce matin, il fait du bien.

Rien de neuf, ce matin, au parti socialiste. Les tractations semblent se poursuivre entre X, Y et Z. W, en revanche, en semble exclu, ou exclue, cela dépend qui est W. Vous souvenez-vous que les socialistes assuraient que le débat d?idées primerait celui des personnes? Oui, vous vous en souvenez? Alors, le débat d?idées est terminé. Visiblement, les socialistes sont passés à autre chose. L?essentiel, c?est qu?ils aient eu des idées. Ils finiront bien un jour par nous dire lesquelles.

Dépêche AFP, avant-hier, suis pas à la pointe de l?actualité sur ce coup là, 21h27: « Référé contre l?émission les Infiltrés: les salariés de Closer déboutés ». Le juge des référés n?a pas voulu, en effet, interdire la diffusion de cette belle émission d?investigation qui honore le journalisme. « Légitime information du public », dit le juge des référés, qui ne préjuge pas du jugement sur le fond. Bravo, la justice française. Voilà un juge, le premier, qui reconnaît que cacher une caméra, taire son identité professionnelle, porter sur la place publique des propos que leurs auteurs croyaient privés, tout cela est légitime et juste au nom, dit-il, de la « légitime information du public. »

Quand les bornes sont franchies, il n?y a plus de limites, a dit en gros le juge Sapeur Camembert. La « légitime information du public » concerne à peu près tous les secteurs de la société, et quand j?écris « à peu près », c?est juste une clause de style.

Une caméra « infiltrée » chez Total pour comprendre pourquoi le prix de l?essence à la pompe baisse aussi peu.  Une caméra « infiltrée » chez BNP-Paribas pour savoir si oui ou non les banques jouent le jeu. Une caméra « infiltrée » pour savoir si Nicolas Sarkozy prépare efficacement le G 20 où il s?agit, excusez la modestie, de « refonder » le capitalisme. Une caméra « infiltrée » chez les dirigeants du PS réunis à Reims pour vérifier que c?est bien le débat des idées qui domine et pas le souci d?éliminer une candidate. Une caméra « infiltrée » à RTL pour vérifier si l?auteur de ce blog est « indépendant », ou bien s?il prend ses ordres à l?Elysée, comme certains le soupçonne.

« La légitime information du public » est une notion forte, une exigence démocratique. A partir de dorénavant et grâce à la justice française, bien couillon sera le journaliste qui montrera sa caméra et qui dira ceci à son interlocuteur: « Je suis journaliste et, par :on intermédiaire,  les propos que vous tiendrez seront connus du public. » Viré, ce journaliste là, un idiot qui n?aura pas compris que l?époque a changé.

Moi même, je suis bien couillon d?en faire autant sur « Les Infiltrés ». Cela m?a fâché avec pleins de gens. Sans doute, ici même, j?ai cogné un peu fort certains matins. Mais j?ai tout le temps été sincère. C?est au moins ça. Mais j?ai agacé, je le sais.

Un exemple. Sur le site de l?hebdomadaire Le Point, lepoint.fr, le spécialiste média, Emanuel Berretta, a visiblement pensé que j?avais franchi les bornes de l?acceptable. Profitant d?un entretien avec Vincent Parisot, à propos de la matinale de RTL, il lui a posé la question suivante:


Lepoint.fr  : Vous avez évoqué Jean-Michel Aphatie, qui est aussi l'auteur d'un blog et d'une chronique sur Canal+. Il s'est pas mal engagé cette année, en s'en prenant au principe de la caméra cachée dans l'émission de David Pujadas et en donnant des leçons de journalisme aux uns et aux autres... Est-ce qu'il ne serait pas en train de prendre la grosse tête ?

Je dois l?avouer: la question m?a étonné. N?ayant jamais parlé de ma vie à Emmanuel Beretta, je me demande encore quels repères il possède pour imaginer que je « suis en train de prendre la grosse tête ». Si ça trouve, je l?ai depuis longtemps, et il ne le savait pas. D?ailleurs, pourquoi passer par Vincent Parizot, qui d?ailleurs m?a défendu en bon camarade, pour s?interroger sur mon état mental? Pourquoi ne pas poser directement la question de la grosse tête à la grosse tête? Ou bien encore, pourquoi ne pas l?écrire directement: machin a la grosse tête, je vous le dis, moi qui suis expert en grosse tête sans en avoir une moi même.

En lisant cette question, j?ai repensé à Thomas Hugues, animateur du magazine consacré aux médias, sur France 5. Lui pensait que mes critiques sur « Les Infiltrés » étaient motivées par la recherche d?une publicité personnelle.

Moi, bêtement, j?étais parti d?ailleurs. Le journalisme est un métier que nous avons en partage, un beau métier, un métier utile dans la société. Il me semblait, mais c?était avant que la justice française ne se prononce sur les moyens de satisfaire « la légitime information du public », que cacher sa caméra, taire sa condition professionnelle, diffuser des propos à l?insu des personnes filmées,  tout cela relevait davantage de l?espionnage que du journalisme. J?aurais été curieux de connaître le point de vue de Thomas Hugues ou d?Emmanuel Berretta sur la question, curieux de connaître leur conception du journalisme. Au lieu de ça, quelques baffes sur ma grosse tête en manque de publicité, et ça ira bien, merci.

J?ai quand même des circonstances atténuantes. Je me suis lancé dans ce bastringue avant que la justice française, rendue au nom du peuple français, ne tranche le débat. « Les Infiltrés » remplissent cette mission importante entre toutes: « la légitime information du public ». On en vient même à se demander pourquoi les journalistes ont mis autant de temps à appliquer le procédé: planque ta caméra coco, tu verras, t?auras du lourd. En tout cas, c?est décidé, à partir de maintenant et sauf revirement jurisprudentiel, je défendrais « Les Infiltrés », une émission qui honore le service public de la télévision française(Marseillaise), le journalisme à la française et à l?anglo saxonne réunifiés, sans oublier tous ceux qui m?ont fait prendre conscience des chemins sur lesquels j?ai fourvoyé ma tête qui est grosse.

Sur ce, bon week-end à tous.


Vers le dénouement au parti socialiste 13/11

par Jean-Michel Aphatie le 13/11/2008 à 10h52


Quelle est la différence entre une bonne et une mauvaise interview? Tout simple. Quand l?invité répond aux questions.

C?était le cas, ce matin, de Benoît Hamon, représentant de la motion C dans le débat des socialistes, invité de RTL, à 7h50. Frais dans son expression, attentif aux questions posées, ce qui n?est pas fréquent, il a expliqué clairement sa vision d?un congrès socialiste pas simple.

La veille, sur TF1, Ségolène Royal avait plutôt surpris en ne se déclarant pas candidate au poste de premier secrétaire du PS. Position plus politique que tactique, car ouvertement présentée comme utile aux négociations entre motions pour composer une majorité à l?intérieur de ce parti. Bien fait, donc, de la part de l?ancienne candidate à l?élection présidentielle qui a pris soin de dire qu?elle avait « envie » de diriger le PS. Témoigner de son désir est toujours nécessaire dans ces affaires.

Évidemment, elle n?est pas la seule à jouer.  En se disant très proche d?un accord avec Martine Aubry, Benoît Hamon a aussi témoigné de sa capacité de mouvement. Que les deux motions se joignent, qu?une partie des amis de Bertrand Delanoë les rejoigne, et voilà la future majorité du PS constituée. Dans ce schéma là, il n?y aurait plus d?espace pour une candidature de Ségolène Royal à la tête du parti socialiste puisqu?une majorité se serait constituée contre elle.

Elle doit donc rallier des gens à elle. Qui? Peut-être une portion du groupe Delanoë, plus difficilement des transfuges de chez Martine Aubry. Bref, en écoutant Benoît Hamon sur RTL, ce matin, on percevait où se trouve au PS, une dynamique potentielle, où elle est plus difficile, mais pas impossible, à mettre en place. Ces grandes manoeuvres se poursuivront jusqu?au congrès de Reims, et notamment jusqu?à ce moment particulier, la commission des résolutions, où se retrouveront, dans la nuit de samedi à dimanche, les représentants des six textes en compétition devant les militants.

On ne peut pas exclure qu?aucune majorité ne se constitue à cette occasion. La crise serait alors difficile à surmonter. Une alliance qui empêcherait Ségolène Royal de concrétiser sa victoire relative de la semaine dernière ouvrirait aussi une crise. Et enfin la constitution d?une majorité autour de Ségolène Royal représenterait aussi pour beaucoup de dirigeants socialistes une solution inacceptable. Bref, rien d?harmonieux ni de serein ne devrait soritr de ce congrès de Reims, signe d?un parti plongé dans un malaise profond et ancien qui peut, au mieux, espérer commencer sa reconstruction après toutes ces turbulences.

Et le fond? Qu?en est-il du fond? Voilà sans doute la leçon la plus stupéfiante. Des mois de débats, des milliers de pages de contributions et de motions, n?ont pas apporté grand chose. Quelqu?un a-t-il vu non pas une idée nouvelle, cela n?existe pas, une pensée originale, neuve, voire simplement une approche séduisante et construite des problèmes auxquels nous sommes confrontés? Quelqu?un a-t-il vu cela et peut-il le décrire ici?

De manière dominante, en effet, l?impression s?est installée de choses déjà dites depuis longtemps, expérimentée sans grand succès parfois, comme une lassitude de la pensée qu?aucune énergie, aucune force, aucune séduction, n?a vraiment renouvelé.

De ce point de vue, le parti socialiste incarne bien la situation d?immense fatigue intellectuelle d?une communauté dont les piliers sociaux ont été fabriqués dans l?immédiat après guerre et l?architecture institutionnelle construite il y a cinquante ans. La multitude des crises qui nous assaille met à mal le modèle et il se trouve peu d?esprits en France, ailleurs aussi, pour renouveler l?approche générale d?un système qui craque de toutes parts et court plus sûrement à son naufrage qu?on ne le dit généralement.


Martine ou Ségolène? Royal ou Aubry? 12/11

par Jean-Michel Aphatie le 12/11/2008 à 10h13


L?actualité est faite de beaucoup de choses éparses, aujourd?hui. On apprend, notamment, que  Natixis, filiale de banque d'investissement commune aux groupes Banque Populaire et Caisse d'Epargne, a perdu un milliard d?euros, courant octobre, dans de fumeuses transactions. Et puis non, Natixis dément, ce ne serait pas un milliard, non, seulement 250 millions, une paille pour qui possède au moins 300 millions. L?important, en réalité, n?est pas le chiffre, mais le mot: perte, perte, perte, parce que depuis quelques semaines, c?est le seul mot qui résume la planète financière.

Aux Etats-Unis, ce n?est pas mieux. Les Echos font la manchette du sauvetage organisé du premier assureur du pays, AIG, et du premier constructeur automobile du pays, Général Motors. Les aides gouvernementales se chiffrent en dizaine de milliards de dollars. L?objectif? Eviter à tout prix, donc au prix de dizaines de milliards de dollars, que ces deux entreprises essentiels du système financier et économique américain ne sombrent, ne disparaissent, et n?engloutissent dans leur naufrage des centaines de milliers d?emplois. Autrement dit, cette dépense est purement défensive, elle ne créé rien, aucune richesse, elle en empêche juste, et encore n?est-on sûr de rien, la destruction.

Un préfet français va être nommé en France. Son originalité est d?être d?origine camérounaise. Donc, sa peau est noire. Ceci est une première. La France est un grand pays, des siècles d?histoire, des idées pour éclairer le monde, des principes pour l?humaniser. La nomination de ce préfet singulier survient exactement une semaine après l?élection de Barack Obama à la présidence des Etats-Unis. Un hasard? Que non, que non. Les autorités politiques nous assurent qu?il y a longtemps que le président de la République réfléchissait à cela. Longtemps, longtemps. Le reste n?est que hasard hasardeux. La politique à la remorque des States?Mauvais Français, celui qui pourrait le penser.

La planète socialiste, en aussi mauvaise santé que son homologue financière, attend la décision de Ségolène Royal. Sera-t-elle, ou non, candidate à la fonction de premier secrétaire du parti socialiste. Si elle se lance, que doit faire Martine Aubry? Se lancer aussi? Peut-être. Peut-être pas. Voilà des mois que les socialistes débattent des idées, du fond, projet contre projet. Et au bout de tous ces longs mois, les revoilà gros Jean comme devant, expression dont je ne sais absolument pas d?où elle vient, ni ce qu?elle veut dire exactement, je compte sur vous, mais qui suggère tout de même un certain embarras. Ségolène ou Martine? Et pourquoi donc Ségolène ou Martine? L?une et l?autre expriment-elles deux visions très différentes du socialisme à la française? Le débat des dernières semaines a-t-il éclairé quelqu?un sur ce point?

Certains, qui ne sont pas les moins politiciens, assurent que la différence c?est l?alliance avec le Modem. Soit. Mais, vraiment, du fond du coeur, on s?en fout un peu des alliances ou des mésalliances avec X, Y, Z, extrême gauche ou ultra centre. Ce qui compte, ce sont les réponses aux formidables problèmes contemporains que posent l?économie, la finance, le fondamentalisme religieux, la prolifération nucléaire, le réchauffement climatique, pour n?évoquer que l?essentiel. Là dessus, en gros, et sans que le grand public ait une perception claire des idées même générales des principaux leaders du PS, peut-on écrire sans risque d?être démenti, que Ségolène et Martine, Royal et Aubry, c?est à peu près exactement la même chose? Et puis, s?il faut être démenti, allons-y, l?espace de commentaires est fait pour cela et, je le rererererépète: je lis tout ce que vous écrivez.


A demain


La victoire de Ségolène Royal 07/11

par Jean-Michel Aphatie le 07/11/2008 à 10h12


Tout est compliqué au parti socialiste, après le vote des militants, hier soir. Alors, il est important de faire simple.

Deux vainqueurs et deux perdants hier soir. Le texte que soutenait Ségolène Royal est arrivé en tête du vote militant, environ 30%. Cela lui confère une légitimité évidente pour la suite de ce congrès dont la complexité dans son déroulement pénalise fortement son efficacité politique. L?autre vainqueur, bien sûr, est Benoit Hamon, qui avec près de 20% des suffrages redonne une vigueur certaine à la gauche de ce parti.

La logique voudrait que ces deux tendances là recherchent une alliance à la fois pour tenter de créer une majorité au sein des organes de direction du parti socialiste ? conseil national et bureau national -, puis pour présenter un candidat commun au suffrage des militants pour le poste de premier secrétaire. Au passage, admirez le mécano, compliqué jusqu?à la confusion. Par hypothèse, Ségolène Royal est évidemment la personnalité socialiste la plus légitime pour succèder à François Hollande, mais un homme ou une femme de paille pourrait être choisi pour tout un tas de mauvaise raison.

Deux perdants, voire plus. Facialement, pour parler numismate (voyez dans le dico), Martine Aubry et Bertrand Delanoë, et puis avec eux Laurent Fabius et François Hollande. Tous ne perdent pas de la même façon, ou avec la même intensité. Le plus violemment défait est évidemment le maire de Paris. Ce vote de congrès valait pour lui intronisation ou refus. Il se présentait, sans que les choses soient exactement dites comme cela, comme le leader de plusieurs successions: celle de Lionel Jospin ouverte en 2002, celle de Ségolène Royal pendante depuis la défaite de 2007. Les militants l?ont assez sévèrement remis à sa place, celle de maire de Paris, assimilé à leurs yeux à l?ancien PS, celui des années 80.

Pour Martine Aubry, la désillusion est plus sévère que la défaite. Après tout, recueillir 25% des suffrages sur son nom n?est pas si mal que cela. L?ennui, c?est que ce score ne lui permet pas de jouer les premiers rôles mais le cantonne aux seconds. Ceci n?est pas précisément ce qu?elle souhaitait. Quant à Laurent Fabius, qui enregistre une nouvelle défaite, et François Hollande, qui ajoute une gamelle à sa collection, il semble bien que leur temps est passé et que leur tour ne viendra jamais.

Deux possibilités pour ce quatuor, évoquées ici comme des possibilités, pas des probabilités, encore moins des certitudes. Les deux motions, Aubry-Delanoë, se fondent ensemble pour essayer de damer le pion au bloc Royal-Hamon. Ou bien chacune d?entre elle, séparément ou pas, en incluant ou pas la gauche du parti, cherche une alliance avec celle de Ségolène Royal, en se partageant les postes et en produisant une ligne politique qui satisfasse tout le monde. Ceci veut dire que toutes les inimitiés, rancoeurs, incompréhensions, haines et le reste, sont mises sous le boisseau au nom de la fraternité bien connue de ce monde socialiste. Au risque d?irriter les purs esprits qui fréquentent ce blog, je dirai que ce n?est pas le plus probable tant les questions personnelles priment les idées, dans la politique en général, au parti socialiste en particuliers.

Pour ceux qui sont arrivés jusqu?à ce stade du raisonnement, et il mérite d?en être remerciés, cette synthèse. Les règles même du fonctionnement du parti socialiste favorisent et encouragent les tambouilles d?appareil. Cette famille de pensée, qui représente une tendance importante dans la démocratie française, ferait bien de s?en aviser pour les modifier en profondeur. En attendant, nous sommes partis pour une semaine de transactions fumeuses et brumeuses dont nous verrons si elles conforteront l?incontestable victoire de Ségolène Royal, ou bien si au contraire elles l?amoindriront.

Les esprits les plus subtils auront noté qu?il n?est pas du tout question, dans ce papier de ligne politique. C?est vrai, et pour une raison simple. Les principaux adversaires dans ce débat interne étaient incapables de dire aux mêmes ce qui les différenciait. J?ai en tête des souvenirs précis d?explications vaseuses, la plus merveilleuse étant « cette conception du parti » qui ne serait pas la même selon les motions, ah bon?, en réponse à cette question pourtant simple: mais, M. X ou Mme Y, qu?est-ce qui sépare de M. X ou de Mme Y? « La conception du parti », voyez vous ça.

Bref, j?en ai déduit qu?ils étaient globalement d?accord sur le fond qu?ils touchent depuis longtemps et qui passionne fortement certains blogueurs que je ne citerai pas. Si je me trompe, je ne doute pas que vous me le direz dans l?espace des commentaires que, je le répète, je lis attentivement.


Bon week-end


D'une élection l'autre 06/11

par Jean-Michel Aphatie le 06/11/2008 à 9h53


Il sera temps, plus tard, au moment des premières décisions, de revenir sur Barack Obama. Deux grands chantiers doivent être distingués dans son action future. Celui de l?économie et de la finance que le futur président américain semble avoir envie de réguler. Cet Obama là devrait nous plaire. Celui de la politique étrangère, avec le retrait annoncé de l?Irak, ce qui s?avèrera très difficile sinon impossible pour l?armée américaine, et le renforcement souhaité en Afghanistan, hélas indispensable. Cet Obama là devrait nous déplaire. Ou plus exactement, nous devrions lui déplaire. Attendons toutefois que la situation se précise outre Atlantique et portons notre regard sur l?autre grand scrutin de la semaine, celui du parti socialiste.

La grande faute des socialistes est connue. Ses dirigeants, intelligents, s?échinent depuis mai 2002 à ne pas trouver de successeur à Lionel Jospin. Chacun des leaders de cette famille de pensée à pensé mieux préserver ses chances de grande réussite politique en laissant constamment ouverte la question du leadership. D?où l?organisation abracadabrantesque d?un débat ainsi formulée: les idées d?abord, le chef ensuite. Posture artificielle et fausse, contre productive, et pour tout dire stupide. La thèse a été maintes fois exposée ici. Je vous renvoie aux billets précédents, ou à la mémoire de certains blogueurs ou à rien du tout si cela ne vous intéresse pas, ce que je peux comprendre.

Aussi mal foutu soit-il, le débat des socialistes va malgré tout connaître son premier épilogue ce soir. Entre 17 et 21 heures, les militants socialistes vont en effet choisir l?un des six textes d?orientation politique qui leur ont été présenté durant six semaines.

Plusieurs issues sont possibles. Un texte se détache nettement des autres. On pourrait penser que dans un parti normalement constitué, le chef de ce texte devienne celui du PS. Trop simple. Une alliance, que l?on peut aussi appeler une manoeuvre, entre le deuxième et le troisième peut priver le premier de sa victoire. Autre hypothèse, trois ou quatre textes sont dans un mouchoir de poche Alors tout est possible, même le n?importe quoi, c?est à dire l?alliance entre gens qui ne s?entendraient que pour barrer la route  à X ou Y. Bref, la mécanique archaïque de ce parti peut transformer des  responsables politiques de bon niveau en détestables politiciens. C?est, à quelques heures du vote des militants socialistes, le principal risque de ce parti. Il serait urgent pour lui de changer assez radicalement son organisation afin qu?il ne connaisse plus une aussi longue période de vacance du pouvoir en son sein, situation qui, contrairement à la fausse logique couramment répandue, stérilise plutôt qu?elle n?encourage, les débats d?idées à l?intérieur d?une communauté humaine.


Peut-on faire des pronostics sur l?issue du scrutin de ce soir? Très difficile. Ce corps électoral est réuni très irrégulièrement, la configuration qui lui est proposée est très nouvelle et, fait assez exceptionnel mais explicable, aucun institut de sondages, même parmi les plus audacieux, ne s?est risqué à une plongée dans les profondeurs de ce parti. Du coup, le rapport des forces entre les différents protagonistes demeure largement mystérieux. Seuls, quelques indices nourrissent de vagues pronostics chez certains dirigeants socialistes.

Bertrand Delanoë serait apparu mal à l?aise tout au long du processus. Il est généralement crédité d?une campagne médiocre et sa position de favori à l?ouverture des opérations se serait écornée au fil des jours. Martine Aubry aurait plutôt menée une campagne interne dynamique et une affluence correcte dans ses réunions laisserait présager un bon score pour son texte. Une idée générale, dont nul ne sait si elle est un lieu commun, accorde à Benoit Hamon, représentant de la tendance réputée la plus à gauche du PS,  le bénéfice d?un profit de la crise actuelle. Selon ce raisonnement, il pourrait accumuler un capital de voix supérieur à celui qui était prêté à l?origine.

Cependant, et c?est le plus intéressant, partisans et adversaires de Ségolène Royal s?accordent tous pour reconnaître que la popularité de l?ancienne candidate à l?élection présidentielle demeure très forte dans le parti socialiste. A sa manière toujours particulière, c?est elle qui est apparue la plus dynamique, la plus en phase aussi avec les attentes d?un « peuple de gauche » qui a perdu sa boussole depuis longtemps. En un mot comme en cent, la plupart des dirigeants socialistes redoutent où espèrent une « surprise » Royal. Mais en cent mots comme en un, aucun d?entre eux n?est sûr de rien.

Il faudra donc attendre le résultat, dans le coeur de la nuit prochaine, pour savoir ce qu?ont dit et décidé les urnes du parti socialiste.


La grandeur de l'Amérique 05/11

par Jean-Michel Aphatie le 05/11/2008 à 10h38


Barak Obama sera donc le 44° président des Etats-Unis. C?est mieux ainsi, beaucoup mieux. John Mac Cain, candidat du parti républicain, n?aurait incarné rien de neuf, ni de particulier. Son élection aurait suscité davantage de curiosité polie que d?enthousiasme effréné.

A l?inverse, celle de Barak Obama signe la reconnaissance de ses dons exceptionnels d?homme politique et figure aussi ce symbole si particulier de voir un homme qui n?est pas blanc accéder à la tête de la première démocratie occidentale. L?émotion, la joie, l?espoir, résultent de cette élection. Si on peut les comprendre, il est aussi nécessaire de les mettre à distance.

Jamais dans sa vie politique passée, Barak Obama n?a été en situation de gouverner, c?est à dire de prendre des décisions. Personne ne sait donc si cette personnalité charismatique et d?une évidente intelligence politique saura, dans les conditions très particulières qui sont celles de la gouvernance du premier pays de la planète, trancher et arbitrer en sachant distinguer, dans la complexité des situations, le bon chemin pour son pays, et donc pour la planète.

Quant à l?espoir suscité, il peut paraître démesuré au regard de la situation de l?Amérique aujourd?hui. Échec militaire, marasme économique, appauvrissement social: c?est cette réalité là que devra gérer Barak Obama et il n?est pas certain que l?optimisme légendaire des Américains, leur extraordinaire aptitude à inventer, innover, créer des richesses, permette de surmonter rapidement et radicalement la crise très grave que traverse ce pays.

Demeure le symbole de l?élection d?un homme noir, qui doit nous interroger, nous Français, peut-être plus profondément que nous ne le faisons. On peut, bien sûr, s?extasier sur la capacité des Américains à passer en un demi siècle de la ségrégation raciale dans certains de ses Etats à l?élection d?un afro-américain au sommet de son organisation sociale. On peut, à partir de cet exemple, souhaiter que les partis politiques en France, les média, les entreprises, les associations, sachent mieux intégrer et promouvoir les représentants de notre diversité sociale.

Ces lieux communs nécessaires énoncés, il est une autre question, plus perturbante, que nous n?abordons jamais. Qu?enseigne-t-on sur le racisme, la discrimination, l?esclavagisme, dans les écoles françaises? Quelle histoire transmettons-nous à nos enfants de la participation, voilà des siècles, des élites politiques et économiques françaises à ce vaste et honteux trafics de traite des êtres humains venus du continent africain? Sans en avoir été les acteurs principaux, la France d?antan a pris sa part dans ses ignobles marchés. c?est là, notamment que s?est enraciné le préjugé, ici comme ailleurs, d?une supériorité de la race blanche, qui a pris plus tard, à l?époque colonialiste notamment,d ?autres expressions.

Cette histoire là, difficile et douloureuse, notre mémoire collective n?en possède que des bribes. A l?heure où l?on regarde, ébahi et admiratif, la forme de grandeur que peut fabriquer à certains moment de sa vie collective la société américaine, cette interrogation ne peut pas être passée sous silence.


Le verdict américain 04/11

par Jean-Michel Aphatie le 04/11/2008 à 9h31


Voilà donc le monde qui retient son souffle. Barak Obama sera-t-il le 44° président des Etats-Unis? Ou bien est-ce John Mac Cain qui, finalement, triomphera dans les urnes? Dans le premier cas, ce sera une explosion d?espoir, dans le second une déception sans fond. Deux sentiments contradictoires fondés sur des impressions, des perceptions, mais rien de solide, de tangible, car c?est ainsi que vivent les hommes, d?abord avec de l?émotion.

Il est coutumier de dire que l?extraordinaire dans la situation que nous offre cet immense pays qu?est l?Amérique, c?est la couleur de peau de Barak Obama. Ceci est faux, ou plutôt, ce n?est pas juste. Qu?un noir, bien sûr, accède à la magistrature suprême dans un pays qui fut esclavagiste représente un événement et ce fait transforme malgré lui Barak Obama en symbole. Mais la première vérité qu?il faut énoncer à son propos concerne son talent, son incroyable aptitude à la politique, son sens inné du discours, de la réthorique, qui lui permet à la fois de capter et de restituer les émotions de son peuple.

Barak Obama est un sublime politicien, si nettement au dessus de la mêlée qu?aucune référence moderne ne s?impose  pour formuler une comparaison. Jamais avant lui, dans ce pays ou dans d?autres, quelqu?un aussi démuni d?expérience du pouvoir n?avait réussi à soulever un tel enthousiasme. Ceci est à mettre d?abord au compte de son charisme, de sa capacité à se mouvoir devant les foules, toujours élégant, toujours maître de lui et de son verbe. Mais ce succès même du sénateur Obama, sentimental et irrationnel, nous renseigne sur le désarroi américain contemporain. Ce pays se vivait comme une puissance militaire, et le voilà tenu en échec par des gueux, dans les lointains pays de ce Moyen-Orient  si étrange vu de l?Ohio ou de la Virginie. Ce pays se vivait comme une puissance industrielle, et voilà que les grandes compagnies automobiles US sont rongées par ses concurrents japonais. Ce pays cultivait le rêve d?une vie ordonnée autour d?une maison individuelle, symbole du « américain way of life », et il doit faire face depuis deux ans aux expulsions massives de propriétaires incapables de rembourser leurs dettes. Nous mesurons mal, nous, Européens, ce mal vivre profond des Américains. Et si Barak Obama  représente quelque chose aux yeux de ceux qui vont voter aujourd?hui, c?est d?abord l?espoir qu?il saura renouer les fils du rêve.

Cela, pourtant, qui peut l?affirmer? Nous ne savons rien de Barak Obama au pouvoir. Il représente, comme souvent dans les démocraties, une forme de pari sur un savoir faire, une lucidité face aux problèmes, une ingéniosité pour dissoudre les difficultés dans d?apparentes facilités. S?il témoigne de ces qualités là au pouvoir, alors, après avoir été un compétiteur politique exceptionnel, il sera aussi un grand président. Encore lui faudra-t-il surmonter les difficultés propres à son pays, le bourbier militaire, les déficits budgétaires, les pièges du communautaire, les excès de l?immigration clandestine. L?Amérique est beaucoup plus malade que nous ne le pensons généralement, symbolique en cela d?une crise profonde des modes de vies occidentaux, du modèle de notre civilisation qui fut si longtemps dominant, et arrogant, modèle déclinant dont nous sommes, nous aussi, des exemples parfaits.

Dans le schématisme qui est la marque des regards lointains, Georges W. Bush, président médiocre, se trouve chargé de tous les péchés puisque présumé responsable de tous les échecs. Hélas, la situation ne peut se résumer à ces pensées simples. Il y a dans les logiques de l?histoire des pentes qui relèvent davantage d?une responsabilité collective que des responsabilités individuelles. Il n?est donc pas certain que le changement du titulaire du pouvoir modifie le sens de l?histoire.

Et John Mac Cain, qu?en dire? Il est, d?une certaine façon, le grand oublié de ces quelques heures qui nous séparent du résultat. L?homme est estimable, courageux à l?évidence et peut-être compétent, personnellement je n?en sais rien. Il souffre de son âge, 72 ans, difficile d?incarner l?avenir quand on affiche cet état civil, quoiqu?en dise les tenants du parler correct. Il a affiché toute sa vie un dédain profond de l?économie, ce qui n?est pas un atout en ces temps de crises multiples, privilégiant ses qualités de «commander en chief », ce qui n?est pas rien quand on se projette dans le monde comme la première puissance. Enfin, et malgré les nuances de sa personnalité, il appartient au camp républicain dont toute une part de l?Amérique est saturée. Il a donc dans sa besace plus d?handicaps que d?atouts, mais personne n?est certain à 100% pour 100% que les premiers pèseront plus lourds que les seconds dans le secret de l?isoloir.

La vraie faute de John Mac Cain durant cette campagne électorale aura sans nul doute été d?installer une femme singulière dans le rôle de vice-présidente. Sarah Palin a incontestablement du caractère, mais son inexpérience dans tous les domaines, et cette merveilleuse capacité à s?en foutre, résumé exceptionnel de la phrase de Michel Audiard, « les cons ça ose tout, c?est même à cela qu?on les reconnaît », auront finalement apporté davantage de plomb que de légéreté dans la campagne du sénateur Mac Cain dont personne ne pense ce matin, et peut-être même pas lui, qu?elle puisse être gagnante.

Verdict dans quelques heures.


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