Une curiosité
le 02/07/2009 à 7h49
Depuis mercredi, on le disait hier, le café est censé être moins cher à Paris. A vérifier. Ce qui est sûr, en revanche, c?est que, depuis le même jour dans cette ville, les transports publics sont eux (un peu) plus chers. A la RATP, par exemple, le prix du carnet de 10 billets est passé à 11?60.
C?est tout de même un peu curieux, cette nouvelle et énième augmentation, s?est-on dit mercredi soir encore, en achetant notre titre de transport. Car, bon, on n?est pas économiste, mais on avait cru comprendre que, pour la première fois depuis les années 60, les prix étaient globalement en recul en France (voir ici). De même, on avait cru entendre, dernièrement, que l?ensemble de la zone euro venait de connaître elle aussi, et carrément pour la première fois depuis la création de cette zone en 1999, un recul des prix à la consommation. Au point que certains économistes avaient mis en garde contre un risque de déflation. A Paris, malgré tout, les tarifs des transports publics augmentent. Cette curiosité est due, apprend-on (ici), «aux besoins qui sont considérables» et à la nécessité d?«équilibrer les différents modes de financement».
Il n?empêche, sur le fond, au risque de paraître tartouille, il y a une chose qu?en ce moment, on ne comprend pas trop, comme sans doute la plupart des Parisiens et des Français moyens. D?une part, cette moindre inflation est invoquée en défaveur de la population lorsqu?il s?agit, par exemple, de moins revaloriser que d?habitude des prestations sociales ou le salaire minimum. Mais d?autre part, elle n?est plus invoquée en faveur de cette population lorsqu?il s?agit d?adapter les tarifs comme ceux des transports publics. Donc, finalement, cette histoire d'inflation joue toujours en défaveur des gens.
Il n?y a d?ailleurs pas que les tarifs du métro qui, hier, ont augmenté. Pour le RER, c?est pareil. Et, à la SNCF, les trains Intercités, Corail, Téoz et TER sont en moyenne 3,4% plus chers. Cette dernière hausse, nettement supérieure à l?inflation, a fait réagir la Fédération nationale des associations d?usagers des transports (FNAUT), qui a trouvé cette augmentation «très élevée» et «tout à fait anormale».
Les usagers du métro et du RER parisiens, eux, n?auront sans doute aucune envie de se prendre la tête avec ces augmentations de tarifs, eux qui, par ces jours de grandes chaleurs, doivent déjà déployer tant d?énergie pour supporter la canicule étouffante régnant dans les trains. Tiens, au fond, l?installation enfin, dans les métros de Paris, d?un système de ventilation un peu efficace ? comme il en existe dans tant de mégapoles mondiales pourtant bien plus chaudes: cela ne pourrait pas être considéré par la RATP comme faisant partie des «besoins considérables»? Et bénéficier d?une partie des produits générés par cette nouvelle augmentation de tarifs?
Une victoire
le 30/06/2009 à 11h46
Un peu d?air frais de la campagne, un parfum de vacances et même des senteurs de Provence aujourd?hui dans ce blog. Voilà qui ne pourra pas faire de mal aux Parisiens alors que, ce mardi encore, comme c?est si souvent le cas ici en périodes de chaleur, on va suffoquer à cause de la pollution. Le gouvernement a enfin tranché hier dans le dossier si controversé du tracé de la future ligne ferroviaire à grande vitesse qui, à l?horizon 2025, mettra Paris à 3h50 seulement de Nice. Cela faisait des mois que, dans le Midi, l?on attendait cette décision. «Respectons la Provence de Cézanne!», s?étaient ainsi mobilisés les élus de la région d?Aix-en-Provence. En cause? Un des deux tracés envisagés, qui notamment traversait le Haut-Var et longeait la Sainte-Victoire, la montagne immortalisée par le grand peintre. Ce tracé semblait avoir les faveurs du gouvernement, car il était plus rapide et moins coûteux (en gros: 8 à 10 milliards au lieu de 15) que son alternative, passant par Marseille et Toulon. «Ne sacrifions pas les paysages de la montagne Sainte Victoire, promis à un classement au patrimoine mondial de l?Unesco, pour gagner 10 minutes en 2020!», insistaient ces opposants. Lundi soir, ils ont été entendus.
Le gouvernement, en effet, a fait part de sa préférence pour le tracé qui traverse les grandes métropoles méridionales plutôt que la campagne aixoise. Et a promis que ce futur TGV Paris-Nice «empruntera les lignes ou emprises existantes. A défaut, les solutions d'enfouissement seront massivement privilégiées pour protéger le riverains, la biodiversité, les espaces remarquables ainsi que les exploitations agricoles et viticoles».
Si le tracé choisi lundi constitue une victoire pour les admirateurs de Cézanne, s'il est présenté comme étant le moins destructeur de l?environnement et du patrimoine, les opposants à toute ligne à grande vitesse provençale ne désarment pas. Eux mettent en avant les atteintes qui seront causées à la Plaine des Maures, qui vient d?être classée Réserve Naturelle Nationale. Ou refusent que le Var et les Bouches du Rhône deviennent «la poubelle des Alpes maritimes», par l?afflux de déchets et de pollution qui sera généré par les «milliers de touristes supplémentaires sur la région niçoise ainsi que des milliers de nouveaux résidents suite au développement inévitable des résidences secondaires dans les Alpes Maritimes».
Ils contestent même l?argumentation gouvernementale selon laquelle le développement du réseau ferroviaire est écologiquement correct. Et d?interroger: «?uvrer pour le développement durable, est-ce détruire des paysages entiers avec des explosifs? Raboter des collines, trouer des montagnes? Dévier des cours d'eau, polluer et assécher des nappes phréatiques? Accélérer la disparition d'espèces végétales et animales protégées, menacer l'existence d'autres espèces? Sinistrer entièrement les territoires situés le long de la ligne, entraînant la désertification des régions concernées? Etre sources d'incendies? Consommer une énorme quantité d'énergie? Recouvrir la France entière de lignes à très haute tension?»
«Provença resistirà!!!», préviennent déjà ces anti-LGV Paca. On verra ces activistes à l??uvre la semaine prochaine notamment, à l?occasion du passage du Tour de France dans la région. Cet été dans le Midi, on ne va sans doute parler que de ce dossier.
Une “amitié” (suite)
le 29/06/2009 à 19h48
L?autre jour, peu avant les élections européennes (relire ici), on disait notre ravissement d?avoir reçu à la maison un courrier d?une personnalité tête de liste pour ce scrutin: une candidate qu?on ne connaissait absolument pas, mais qui nous assurait néanmoins de toute son «amitié». Et on s'était dit que, décidément, les fichiers circulaient pas mal, en période électorale, dans les états-majors politiques. Manifestement, on n?a pas été le seul à penser cela.
Ainsi, la Commission informatique et libertés (CNIL) a-t-elle annoncé récemment avoir été «saisie par de nombreuses communes préoccupées par l?augmentation des demandes de communication des listes électorales informatisées». Confrontés à «des demandes récurrentes de certains particuliers ou de dirigeants de sociétés privées», ces élus, «au nom de la protection de la vie privée de leurs administrés», s?inquiétaient de l?utilisation qui pouvait être faite des informations personnelles contenues dans ces listes électorales.
La CNIL a donc effectué des contrôles auprès de divers «organismes identifiés comme utilisateurs des fichiers électoraux»: sociétés commerciales de généalogie, cabinets d?enquêtes ou de recouvrement de créances, associations, etc. Résultat? «Des bases de données de plusieurs millions de personnes sont constituées à partir des fichiers électoraux obtenus auprès de villes de la France entière». Or, pour le gendarme de l?informatique et des libertés publiques en France, ce pays se distingue par son «cadre juridique insatisfaisant» en la matière. En effet, le code électoral se borne à autoriser la communication des listes électorales à tout candidat, parti, groupement politique, ainsi qu?à tout électeur quel que soit le lieu où il est inscrit, à la seule condition qu?il s?engage à ne pas en faire un «usage purement commercial». Mais «cet engagement pris par le demandeur ne constitue pas une garantie suffisante, puisque aucune procédure de contrôle ni de sanction n?est prévue. Par ailleurs, la notion d'usage purement commercial est peu claire». La CNIL et la Commission d?accès aux documents administratifs ont donc prié les autorités de clarifier ce cadre juridique.
Le prochain scrutin en France aura lieu l?an prochain: ce sont les élections régionales. Des mesures auront-elles été prises? Ou, en 2010, recevra-t-on toujours des courriers de personnalités candidates nous assurant de leur «amitié»? Les paris sont ouverts.
Une invasion
le 25/06/2009 à 11h32
Avis aux ?shopping addicts?: les soldes ont commencé hier à Paris. Avis aux agoraphobes: l?affluence est telle, depuis hier matin dès la première heure de l?opération, qu?il paraît que, dans les grands magasins, c?est vraiment l?horreur. C?est le moment que choisit un de ces fameux commerces parisiens, les ?Galeries Lafayette? pour communiquer sur une initiative qui, c?est le moins que l?on puisse dire, pose question.
D?ici à la fin juillet, les ?Galeries? ouvriront une boutique de 300m² au c?ur même d?un des temples de la culture de la capitale: le Palais Garnier. Dans les rayons, on trouvera des livres, des disques, de la hi-fi, de l?électronique, de la mode, des soins de beauté, des bijoux, de l?art de la table, des souvenirs pour touristes, des articles pour enfants, etc. etc. L?habillage marketing de ce «concept commercial unique» est évidemment culturel. Il s?agit, assure-t-on, de «proposer des produits novateurs, symbolisant l?excellence française, autour des arts lyriques et chorégraphiques». Ainsi, le rayon mode tournera autour du thème de la danse; on y trouvera «des accessoires, des soins de beauté pour les danseuses, mais aussi des bijoux de scène, tutus, accessoires et objets d?artistes». Idem pour le rayon enfants: les ?Galeries? assurent que les « jeux éducatifs, livres et disques, costumes, jouets et cahiers de dessins (qui) seront proposés aux enfants et à leurs parents» fréquentant le Palais Garnier constitueront «avant tout une sélection de divertissement dédiée en partie à l?apprentissage et à la découverte,une sorte de premier pas vers les Arts». L?objectif premier de l'opération n?en est pas moins commercial. Le Palais Garnier est un emplacement en or puisque, comme le rappellent les ?Galeries?, il accueille chaque année 300.000 spectateurs et 500.000 visiteurs.
Gros soupir de lassitude. Car, bon, sans revenir avec les marchands du temple, n?y a-t-il donc pas déjà suffisamment de magasins, de camelots, d?étals de bibelots et de boutiques de souvenirs à Paris? Ne pourrait-on pas concevoir que des lieux culturels aussi exceptionnels comme l?Opéra Garnier soient juste artistiques et pas également marchands? Est-ce parce que les ?Galeries? possèdent déjà une boutique similaire au c?ur du Musée des Arts décoratifs, rue de Rivoli, qu?il faut l?autoriser à envahir tous les grands lieux culturels de la capitale? A-t-on le droit, dans cette ville, d?adorer faire du shopping mais de souhaiter aussi que certains lieux soient préservés de toute dimension mercantile? Afin qu?ils soient des respirations salutaires et bienvenues dans une des capitales mondiales du commerce.
Accessoirement, on se permettra aussi de remarquer que l?Opéra de Paris, au moment même où, à Garnier, il concède ? à très bon prix, certainement ? 300m² au grand commerce, assure qu?il lui est totalement impossible de trouver, à Bastille, le moindre m² à refiler à la FNAC pour qu?elle puisse s?étendre dans les sous-sols de l?opéra et donc ne pas fermer ses portes comme annoncé ? avec toutes les conséquences que cela suppose pour l?accès du grand public parisien à la culture. Mais Frédéric Mitterrand va certainement arranger cela.
Un blanc
le 24/06/2009 à 11h29
Cela s?est passé hier à la télé, en plein milieu de la soirée. Sur une chaîne de service public, France 3 en l?occurrence. Pendant un long moment ? une bonne minute, ce qui, à l?échelle télévisuelle, est une éternité ? , il y eut un blanc à l?antenne. Un noir plutôt, tel qu?il apparaissait sur le petit écran. En fin du «Soir 3», après le décrochage régional. Ce long blanc terminé, le spectacteur éberlué a pu constater que la désannonce par Carole Gaessler de son JT avait carrément été zappée et qu?on avait enchaîné sur le mini-programme sportif quotidien. Cela fait des semaines que la régie finale du «Soir 3» cafouille complètement avec ces décrochages régionaux en queue de JT national, ce qui produit des conséquences visibles à l?antenne. Avec, soit dit en passant, jamais le moindre mot d'excuse au téléspectateur pour ces couacs à répétition. Une telle interruption de programme sur le service public en pleine soirée est toutefois assez rare.
Cette semaine, la chaîne régionale de France Télévisions a aussi eu droit à l?annonce du départ prochain de la talentueuse et populaire présentatrice de son «19-20», Audrey Pulvar. Cette journaliste se distinguait notamment par ses interviews tout sauf complaisantes de personnalités politiques ? Nicolas Sarkozy en personne, un soir, en fit l?expérience. Dans le même registre, est venue hier la confirmation que la justice poursuivait son enquête sur les conditions dans lesquelles les images, sons et confidences en «off» du chef de l?Etat avant sa mémorable intervention sur France 3, fin juin 2008, avaient fuité sur la place publique. Et, vu l'image pas trop flatteuse que la séquence donnait de l'intéressé, avait aussitôt fait du buzz sur internet. Confirmation, donc: après des collègues déjà entendus sur ce dossier au printemps, un des responsables de France 3 est convoqué début juillet à la police judiciaire de Paris, à la demande du parquet.
Du coup, dans la profession journalistique, d?aucuns dénoncent un «harcèlement» judiciaire de la presse, sur instruction du pouvoir politique. Plus sobrement, on se permettra de poser une question: dans ce pays, la justice et la police n?ont-elles donc que cela à faire que de continuer à enquêter, un an après les faits, sur un incident télévisuel qui, tout de même, n?a pas entraîné mort d?homme?
Sinon, depuis hier soir, c?est donc un ancien journaliste, Frédéric Mitterrand, qui est désormais ministre de la Culture. Son passé professionnel ne lui sera sans doute pas de trop pour tenter d?apaiser les relations entre la presse et la présidence de la République.
Une digression
le 23/06/2009 à 11h25
C?était complètement en décalage par rapport à l?actualité brûlante du moment, mais on a trouvé ce télescopage délicieusement léger et rafraîchissant. C?était hier après-midi, au moment précis où le Président Sarkozy était en train de discourir sur l?Etat de la nation, de l?Europe et de la planète devant le Congrès solennellement réuni pour lui sous les ors de Versailles. En plein milieu de ce discours, l?auguste château communiquait une nouvelle charmante aux médias. Bientôt, les Parisiens pourront se pourlécher les babines avec? du miel en provenance directe du célèbre château.
Avec à l?esprit l?image de Maya l?Abeille qui se superposait sur celle du visage du chef de l?Etat, on n?a pas résisté au plaisir de se pencher un peu et illico sur cette digression informative si délicieuse. Tout en continuant bien sûr à suivre d?une oreille et à surveiller d'un oeil l?exposé présidentiel ô combien plus austère sur les ravages de «l?assistanat» et de «l?égalitarisme» en France, les nécessités d?y lancer bientôt un grand emprunt d?Etat pour financer les «priorités stratégiques nationales», ou l?obligation de réformer le système des retraites à l?horizon 2010.
Il apparaît donc que, début juillet, pas moins de 100 kilos de miel seront tirés des six ruches qui ont été installées à l?automne dernier au c?ur des jardins de Versailles, au lieu-dit le «Hameau de la Reine», dans le cadre d?«Abeille, sentinelle de l?environnement»: un «programme national de sensibilisation et d?information sur la sauvegarde de la biodiversité végétale à travers la protection des abeilles». Ce programme a été lancé par l?Union nationale de l?apiculture française (UNAF), selon qui «les analyses effectuées sur les pollens ramenés par les abeilles versaillaises constitueront un excellent baromètre de la variété de plantes butinées et de leur état phytosanitaire». Les Parisiens, indécrottablement urbains, l?ignorent sans doute, mais «les abeilles, non contentes de nous offrir du miel, sont indispensables à la pollinisation, donc à la reproduction de 80% des végétaux, soit environ 200 000 espèces différentes. Or, elles connaissent aujourd?hui un taux de mortalité anormalement élevé de 30% par an».
Le miel décidément est très tendance dans les lieux les plus prestigieux de Paris. Ainsi, on trouve des ruches sur le toit de l?Opéra Garnier. Et, avant Versailles, c?est le Grand Palais qui, il y a quelques semaines, avait annoncé pour juillet la première récolte du "Miel du Grand Palais", issu des ruches qui sont pareillement installées sur le toit de l?édifice. Ici également, l?opération n?a pas été lancée seulement pour «le plaisir du miel» mais aussi «pour contribuer à la défense de la biodiversité et à la connaissance de la vie des abeilles en ville». D?ailleurs, selon l?apiculteur ayant installé ces ruches sur le toit du Palais, «les abeilles vivent mieux en ville qu?à la campagne, à cause de la biodiversité. Il y a des milliers de petites fleurs en ville, même de la lavande, alors que la campagne est polluée par les pesticides. La pollution de la ville n?est rien comparée à celle occasionnée par les pesticides».
C?est assurément la bonne nouvelle de la journée pour tous les Parisiens qui, à longueur d?années, toussent à cause de leur pauvres petits poumons pollués par les particules fines et la circulation automobile.
Un achèvement
le 22/06/2009 à 11h49
Jour J dans le Quartier Latin. Ce lundi, en effet, s?y achève officiellement un énorme chantier, qui dura des années et nourrit d?innombrables polémiques: la rénovation de Jussieu. Du nom du campus de l?université Paris VI, dont la tour particulièrement hideuse, avec ses 24 étages et 88 mètres de haut, défigure depuis 1970 les environs immédiats du Jardin des Plantes.
Dans cette tour comme dans une dizaine d?autres bâtiments de la fac, s?est déroulé depuis 1996 un chantier colossal par son ampleur et sa complexité: «le plus gros chantier de désamiantage en Europe». Un chantier qui a nécessité le déménagement de milliers d?étudiants, a été parsemé d?incidents et a occasionné d?énormes dépassements budgétaires. On peut d?ailleurs rappeler qu?un des principaux responsables des retards de ce chantier fut, à la fin des années 90, un chercheur renommé de Jussieu qui était en même temps ministre de l?Education, Claude Allègre ? dont le nom est cité pour entrer au gouvernement à la faveur du remaniement attendu cette semaine. Claude Allègre, en effet, n?est pas seulement un révisionniste du réchauffement climatique. Dans le cas de Jussieu, il a aussi, et constamment, mis en doute la dangerosité de ce que les spécialistes qualifiaient pourtant de «mine d?amiante en plein Paris». Et n?au eu de cesse de dénoncer la «psychose collective» de ses collègues scientifiques à propos de ce matériau.
Dès lors, son entrée au gouvernement désespérerait sans doute, outre les défenseurs de l?environnement, les malades de ce fléau sanitaire oublié qu?est l?amiante en France ? pays qui, par rapport à ses voisins, tarda très longtemps avant d?interdire ce matériau. Ce week-end, justement, une «marche nationale des veuves de salariés de l'industrie victimes de l'amiante» a eu lieu à Dunkerque. Venues de toute la France mais aussi d'Italie et de Belgique, quelque 2000 personnes ont défilé derrière une banderole clamant: «Nos empoisonneurs doivent être jugés sans délai». «Les premières plaintes ont été déposées en 1996, et toujours pas de procès», a déploré un des organisateurs. «Et on nous dit aujourd'hui que l'instruction devrait se prolonger jusqu'en 2014: près de vingt ans après les premières plaintes». Les associations considèrent que, depuis la première «Marche des veuves» de l?amiante, fin 2004, «il y a eu 17.000 morts empoisonnés par l'amiante en France». Et des projections pour les années à venir tablent sur 100.000 décès dus à l?amiante dans ce pays.
Un ticket (virtuel)
le 19/06/2009 à 11h09
C?est le jour où jamais pour parler technologie, puisque, ce vendredi, débarque en France l?iPhone 3GS, le dernier smartphone d?Apple. Dans les transports parisiens bientôt, a-t-il été annoncé au début de cette semaine, un (petit) stress sera épargné aux usagers. Celui de se rendre compte, au dernier moment avant de franchir le tourniquet du métro, qu?on n?a plus de ticket en poche ou dans le portefeuille et qu?il faut donc rebrousser chemin, direction les guichets, en se coltinant au passage les récriminations de la foule qui piétine dans votre dos pour accéder au plus vite au métro. Ou le (petit) stress, quand on n?a pas une minute voire qu?on est déjà en retard, de devoir faire la queue pour acheter un titre de transport à des automates invariablement bondés ou hors service. D?ici à 2010 à Paris, ces opérations seront beaucoup plus simples puisque, pour les effectuer, il suffira de dégainer son téléphone portable.
En effet, le ticket de métro (voire à terme l?abonnement) pourra devenir virtuel et être intégré au téléphone. Pour accéder aux quais, il suffira donc d?approcher son portable d?un lecteur magnétique afin de valider ce ticket virtuel qui, via le téléphone, aura été acheté n?importe où, de chez soi par exemple. Sur son téléphone toujours, on pourra dénicher les itinéraires les plus pratiques, contrôler l?état du réseau (pannes, grève, etc.), se renseigner sur les tarifs les moins chers, télécharger son abonnement, donner un ticket à quelqu?un d?autre ou, pour les touristes par exemple, tenter de s?y retrouver dans les correspondances entre métros, bus, RER ou tramways. Autant d?opérations que l?on pourra donc bientôt faire dans le calme à partir de son portable, plutôt que dans l?agitation bruyante et bousculée des stations du métro parisien.
C?est ce qu?on appelle la «billettique» électronique. Elle sera permise par le recours à la technologie NFC (Near Field Communication, connexion radio à courte distance), qui permet déjà aux détenteurs du pass «Navigo» de valider celui-ci en l?approchant de la borne au passage des tourniquets.
A propos, depuis pas mal de temps, le débat fait rage à Paris au sujet du respect de la vie privée des usagers des transports publics et des dangers que représenterait une traçabilité de leurs déplacements, rendue possible par ces nouvelles technologies (relire ici ou là). Voulant sans doute désamorcer la controverse, l'organisme qui gère les transports en région parisienne a, dès l?annonce du lancement de cette «billettique» électronique, promis qu?il serait «particulièrement vigilant à conserver l?anonymat des déplacements» de ses clients. Autre engagement: le recours à cette nouvelle technologie n?entraînera «aucun surcoût pour le voyageur».
Deuxième innovation annoncée en France, relative aux téléphones portables: le ministère de l?Ecologie a confirmé qu?il réfléchissait à la mise en place d?un système de consigne pour ces appareils, similaire à la consigne frappant depuis des lustres certains récipients en verre. Ce ne serait pas un luxe. Les Français, en effet, changent en moyenne tous les 18 mois de téléphone portable. Logique: depuis la fameuse époque des portables à 1 franc, ce produit de consommation a toujours été moins cher à l'achat (mais pas forcément à l'utilisation) en France que dans les pays voisins. Bientôt, les utilisateurs de mobile dans l'Hexagone auront la possibilité de rapporter leur ancien modèle dans les points de vente de téléphonie mobile. En échange de quoi, leur serait remboursée la légère augmentation (de 2 à 5?) de l?«écoparticipation» demandée lors de l?achat.
Un petit geste donc a priori indolore pour le portefeuille, mais pas inutile pour l?environnement. Même s?il ne changera fondamentalement rien aux conséquences écologiques désatreuses de cette course consumériste un peu hystérique, qui rend tout appareil électronique invariablement dépassé, six mois après son lancement, par le modèle suivant lancé sur le marché à grand renfort de publicité. Ce qui, chaque année, fait aboutir dans les poubelles et décharges de France des tonnes de matériel électronique souvent en parfait état de marche mais prématurément délaissé par l?utilisateur désireux d'être au goût technologique du jour.
Un épilogue
le 18/06/2009 à 10h47
C?est l?épilogue d?une controverse d?une vivacité que le patrimoine parisien n?avait plus connue depuis des années. C?est aussi le sort d?un des plus beaux lieux de Paris qui vient d?être scellé, presque en catimini: l?Hôtel Lambert (si vous ne situez pas, des photos ici). Cet édice du bord de Seine, à la silhouette si familière aux Parisiens, qui occupe toute la proue Est de l?île Saint-Louis. Un joyau de l?architecture du dix-septième siècle, que l?on doit à l?architecte Louis Le Vau et au décorateur Charles Le Brun, le duo qui s?illustra au château de Versailles. On n?avait pas encore eu l?occasion de traiter le dossier ici, donc il est plus que temps de lui consacrer quelques lignes aujourd?hui.
Tout commença en 2007, lorsque l?Hôtel Lambert fut vendu (pour un prix astronomique) par son propriétaire, le baron Guy de Rothschild, au frère de l?émir du Qatar. Avant de s?y installer, la famille princière avait prévu d?y mener des travaux pharaoniques: un parking souterrain dont la sortie donnerait sur le quai d?Anjou, une vingtaine de salles de bains, plusieurs ascenseurs intérieurs, etc. L?édice (où vécut notamment Voltaire) étant entièrement classé, les amoureux du patrimoine avaient blêmi. Une pétition contre le projet avait été lancée, qui recueillit plusieurs milliers de signatures dont celles d?académiciens (Françoise Chandernagor, Jean Clair, Dominique Fernandez, Marc Fumaroli, etc.), de grands noms de l?architecture (Bruno et Henri Gaudin, Yves Lion, Bruno Fortier etc.), ou d?historiens (Emmanuel Le Roy Ladurie). Le propre adjoint au maire de Paris chargé de la Culture, Christophe Girard, avait signé le texte. L?Hôtel de Ville s?apprêtant à rejeter le projet, le ministère de la Culture (sur injonction du quai d?Orsay?) s?était auto-saisi du dossier. Nouveau tollé. A l?époque, même le très docile «Figaro» n?avait pas semblé ravi. «On n'ose croire que les liens personnels entre Nicolas Sarkozy et l'émir du Qatar ou que les intérêts diplomatiques entre les deux pays puissent être suffisants pour passer outre les réserves unanimes» des opposants au saccage de ce fleuron du patrimoine parisien, écrivait à l?époque un de ses éditorialistes.
Finalement, mardi, la ministre de la Culture a donné son accord au projet. Entre-temps, celui-ci a, au fil de mois d?âpres débats, été revu à la baisse. Au total, selon le ministère, les travaux que réalisera l?émir dans l?Hôtel Lambert permettront d?«assurer la sauvegarde et redonner vie à un ensemble architectural et décoratif de premier plan». Mais la mairie de Paris a assez séchement pris acte de cet aval. Car à l?instar des défenseurs du patrimoine (ici, par exemple), elle considère que le projet final est encore très imparfait.
Et la controverse sur la politique culturelle, et patrimoniale singulièrement, de l?équipe Sarkozy n?est probablement pas close. Témoin, cette tribune vengeresse publiée l?autre jour encore dans «Le Monde», titrée «Alerte à la non-assistance à chefs-d'oeuvre en danger» et signée notamment par un professeur à la prestigieuse université de la Sorbonne, Alexandre Gady. «Dans l'affaire de l'hôtel Lambert, dossier particulièrement sensible, ses positions (de la ministre de la Culture) ont été très en deçà de ce qu'on pouvait attendre face à un tel enjeu, et il a fallu une large polémique pour que le projet médiocre de l'architecte en chef soit un peu amélioré. Une question se pose: y a-t-il encore une volonté de défendre le patrimoine, bien commun de tous les Français? Un Président de la République indifférent à la Culture, prêt à sacrifier toutes les règles d'urbanisme qui protègent nos villes et nos paysages de l'avidité des promoteurs, et un ministre sans poids politique, qui ne s'oppose à rien: le bilan est accablant. L'Etat dispose pourtant de tous les moyens légaux pour protéger le patrimoine. Il en est le premier destructeur, quand il devrait en être le premier garant».
Une limite?
le 16/06/2009 à 11h06
Jusqu?où va le droit de propriété? Et jusqu?où va le droit de se révolter contre l?indignité de ses conditions de vie, quitte à ce que la désobéissance civile dans laquelle on se lance attente à ce droit de propriété? Dans le cadre de l?un ou l?autre de ces deux droits, une limite peut-elle être fixée par la justice? Si oui, où? Ce sont les questions de fond qui sont désormais posées à la justice française.
Hier, en effet, au tribunal de grande instance de Paris, étaient entendus huit jeunes mal-logés, activistes de la remuante association «Jeudi noir». Précédemment, ils avaient été condamnés à payer 80.000 euros d?indemnisation à la propriétaire d?un immeuble inoccupé depuis des années, édifice situé dans les beaux quartiers de Paris et que ces jeunes avaient squatté faute de trouver une place en logement social. Lundi, ces huit «galériens du logement» demandaient la révision de «cette condamnation invraisemblable». Une condamnation critiquée dans les associations et les partis. Selon le collectif «Sauvons les Riches», elle est même carrément «emblématique d'une société malade, où les propriétaires millionnaires ont tous les droits et où la Justice, clémente avec les puissants, se montre implacable avec les plus faibles».
Il sera intéressant de voir dans quel sens le tribunal va trancher. Dans un autre dossier parisien controversé, en tout cas, la justice a montré, dernièrement, qu?elle savait s?amender.
C?est la fameuse affaire de «Droit au Logement» (DAL), l?association qui avait été condamnée par le tribunal de police après avoir installé un campement de mal-logés sur la voie publique, en plein c?ur de Paris (relire ici). Elle avait été sanctionnée d?une amende de 12.000 euros pour avoir «embarrassé la voie publique en y laissant des objets». Ce qui mettait sur le même pied des êtres humains contraints de dormir sous tente faute de logement et des déchets jetés en rue. Le DAL avait également vu confisquées les tentes de camping qu?il avait utilisées dans l?opération coup de poing.
Dernièrement, cependant, la cour d?appel de Paris a inversé ce jugement, a annulé l?amende et a ordonné la restitution des tentes. En effet, elle a jugé que l?article de loi punissant le dépôt d?immondices sur la voie publique n?avait pas pour objet de de «réprimer les manifestations telles que celle organisée par l?association pour lutter en faveur du droit au logement». Et, surtout, a reconnu «l?état de nécessité» des familles qui avaient campé sur le trottoir. Dans ce dossier-ci donc, en tout cas, le juge a établi, dans l?application de la loi, une limite au profit des plus déshérités.
Une gifle
le 15/06/2009 à 11h09
On parlait vendredi des fêtards. A Paris comme ailleurs en France, n?a pas dû leur échapper le dernier rebondissement intervenu récemment à propos d?un dossier de santé publique qui avait jadis suscité de gros débats (relire ici ou là): le Red Bull. Du nom de cette boisson énergisante si prisée des noctambules, mais que la France (à l?inverse de nombreux pays, comme la Belgique) a longtemps persisté à interdire sur son territoire. Car, outre de fortes doses de caféine, elle contient de la taurine, un dérivé d'acide aminé dont les effets sont encore mal connus. Or, l?ultime rebondissement intervenu dans cette saga n?est pas vraiment à l?avantage de la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot.
Pour preuve, l?Institut de veille sanitaire (qui avait été chargée de surveiller les problèmes de santé éventuels causés par cette taurine) a remis il y a peu un rapport très dédramatisant sur la question. Ainsi, en dépit de la surveillance qu?ils ont exercée sur cette boisson pendant les six premiers mois de sa commercialisation, ces experts n?ont relevé «qu?un faible nombre de cas d?intoxication aiguë par Red Bull». Et encore, «dans la majorité des cas», ces intoxications étaient vraisemblablement dues non à la taurine proprement dite, mais «à la présence de caféine ou à la consommation concomitante d?alcool». L?Institut note encore qu?il n?a pas réussi à établir «un lien de causalité» entre «consommation de Red Bull et différentes pathologies graves». Il remarque aussi qu?«aucun signalement de ce type n?est parvenu des centres antipoison des autres pays européens sollicités». Et conclut: «Les associations rapportées au système français de toxico-vigilance autres que celles imputables à la présence de caféine dans les boissons énergisantes et/ou à la consommation concomitante d?autres produits n?ont pas permis à ce jour de mettre en évidence une toxicité propre et immédiate des autres composants de Red Bull».
C?est, pour le moins, une gifle assénée à la ministre de la Santé. Pour rappel, l?été dernier, Roselyne Bachelot avait présenté le Red Bull comme une boisson qui ? outre le fait qu?elle n?a aucun intérêt énergétique ou nutritionnel, ce qui est probablement toujours vrai ? «a des dangers importants». La ministre faisait même état d?un «faisceau d'indices en faveur de l'existence d'un risque»: notamment «des suspicions de décès» en Suède et en Irlande et des «cas de neurotoxicités». Elle déconseillait donc fortement la consommation de ce produit.
Un été plus tard donc, il apparaît que, dans l?état actuel des constatations des experts scientifiques français en tout cas, Roselyne Bachelot a raconté... à peu près n?importe quoi. Ce qui, venant d?un ministre de la Santé, n?est tout de même pas trop rassurant.
Un soupir
le 11/06/2009 à 10h48
Il y a décidément des Parisiens qui n?hésitent pas à entretenir l?image, pourtant si caricaturale, qui est souvent véhiculée (à l?étranger singulièrement) à propos des habitants de la capitale. L?image de gens râleurs, jamais contents, voire volontiers teigneux. C?est ce qu?on se disait l?autre jour encore, avenue de la République, non loin de la place du même nom. Lorsqu?on est tombé par hasard sur les signes d?une protestation de riverains devant laquelle on n?a pu réprimer un soupir.
Il s?agit donc? des sanisettes publiques. Malgré leur nouveau look moins pire qu?avant (ici), les édicules sont refusés par ces habitants du onzième arrondissement. Ils sont inquiets des nuisances qu?engendreraient ces toilettes publiques et redoutent une dévalorisation de l?image de leur quartier ainsi qu?une perte d?attrait pour leurs commerces. Après avoir lancé une pétition pour l?installation de ces toilettes uniquement loin des commerces et des habitations, ils ont suspendu des caliquots devant leurs maisons («Non aux WC ? Un trottoir oui, un crottoir non!», etc.) et ont réussi à faire fuir les ouvriers qui étaient en train d?installer là ces WC. Du coup, depuis, le chantier est interrompu.
Ce n?est pas clairement dit par les protestataires, mais il est probable qu?une catégorie particulière de la population parisienne soit visée par leur croisade anti-sanisettes: les SDF. Qui, évidemment, utilisent beaucoup ces lieux et a fortiori depuis qu?ils sont gratuits.
Soupir, donc. On ne voit pas trop comment, dans une ville si densément peuplée et compacte comme Paris, il serait possible de reléguer 400 sanisettes loin de tout. A moins, évidemment, de les rendre moins visibles et accessibles. Et donc d?amener les SDF ? et le passants ayant un besoin pressant ? à utiliser les squares, les murs ou les caniveaux comme lieux d?aisance.
Auquel cas, au-delà même de toute considération de dignité humaine, on ne voit pas trop ce que l?image de la ville et l?hygiène publique auraient à y gagner.












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